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L'Allemagne veut durcir le contrôle des investissements non européens

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- - John MACDOUGALL / AFP

Il s'agira d'étendre le contrôle des acquisitions aux technologies sensibles comme l'IA en plus des infrastructures sensibles. Les entreprises chinoises sont clairement dans le viseur.

Le gouvernement allemand compte renforcer son contrôle sur les investissements non européens afin de mieux protéger certaines hautes technologies, au moment où la Chine montre un appétit croissant pour les fleurons de la première économie européenne.

Le ministre de l'Economie, Peter Altmaier, veut étendre le contrôle des acquisitions aux "technologies sensibles" en plus des "infrastructures sensibles", a indiqué jeudi une porte-parole du ministère.

Des acquisitions de plus de 10% du capital dans les domaines de l'intelligence artificielle, de la robotique, des semi-conducteurs, des biotechnologies et des technologies quantiques devront être notifiées au gouvernement, qui pourra évaluer et éventuellement bloquer l'opération.

IA, robotique, puces...

"Il ne s'agit pas d'interdire des rachats mais de pouvoir vérifier en détail si cela concerne des technologies critiques", a expliqué le ministère.

Le ministre doit présenter le projet de loi lors d'une conférence de presse vendredi, et visera une entrée en vigueur d'ici octobre 2020, a précisé une porte-parole à l'AFP.

La défense, les télécommunications, le gaz, l'électricité, l'eau courante, les médias et depuis 2017 les prestataires de service ou fabricants de logiciels utilisés dans les secteurs stratégiques, sont déjà couverts par les règles existantes.

En Europe, nombre de fleurons sont passés ces dernières années sous pavillon chinois: le suédois Volvo Cars (automobile), l'italien Pirelli (pneus) ou encore les français Club Med (tourisme), St Hubert (margarines) et Lanvin (mode).

Au total, depuis 2010, la Chine a investi au moins 145 milliards d'euros en Europe, selon les données de référence du cabinet américain Rhodium Group, même si le rythme a ralenti: après un pic en 2016 à 37,2 milliards d'euros, les investissements directs de la Chine dans l'UE ont décru à 17,3 milliards en 2018, avec 45% consacrés au Royaume-Uni, l'Allemagne et la France.

Mais Berlin et d'autres capitales européennes se sont inquiétées des visées de groupes chinois sur des aéroports, des ports ou des firmes technologiques européennes.

"Les entreprises allemandes sont de plus en plus en compétition avec des systèmes économiques qui reposent beaucoup sur l'intervention étatique et le protectionnisme", a également expliqué M. Altmaier dans un entretien à l'agence allemande DPA. "C'est un combat injuste que de plus en plus de nos entreprises perdent."

Le rachat en 2016 de Kuka, un fleuron de la robotique, par le groupe chinois Midea avait particulièrement suscité l'émotion.

L'opération, faisant craindre un pillage des technologies "made in Germany", a amené Berlin à renforcer ses possibilités de veto sur les acquisitions de la part d'entreprises étrangères.

L'an passé, l'Allemagne était d'ailleurs sur le point de bloquer le rachat du fabricant de machines Leifelt Metal par le groupe chinois Yantai Taihai Corporation, avant que ce dernier ne retire son offre.

Critiques dans les milieux d'affaires

Mais la loi n'avait pas permis d'interdire le rachat de 20% du gestionnaire de réseau d'électricité 50Herz par des investisseurs, le seuil permettant une évaluation étant à l'époque fixé à 25% du capital.

Berlin avait alors fait racheter cette part via la banque publique KfW avant d'abaisser en décembre 2018 cette limite à 10% pour les infrastructures.

Ce durcissement graduel a néanmoins soulevé des critiques dans les milieux d'affaires soucieux de l'attractivité du pays, qui ne se prive d'ailleurs pas d'investir à l'étranger.

"Les investisseurs étrangers sont bienvenus en Allemagne", a soutenu M. Altmaier. "Mais la vigilance fait partie d'une économie qui fonctionne."

La Chine s'était également montrée critique en décembre 2018, espérant "que l'Allemagne créera un accès au marché juste et ouvert pour les entreprises internationales".

"Nos investissements ne mettent pas en danger votre sécurité nationale", avait également assuré en juillet 2018 le premier ministre chinois Li Keqiang lors d'une visite en Allemagne.

L'initiative de M. Altmaier intervient alors que les Etats-Unis tentent de pousser l'Allemagne à bannir de ses infrastructures 5G le groupe Chinois Huawei, accusé d'espionnage pour le compte de Pékin -- ce que l'entreprise, leader sur les composantes 5G, dément.

OC avec AFP