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Une pénurie de jeunes agriculteurs menace l'Europe

Le faible nombre de jeunes agriculteurs, âgés de moins de 35 ans, constitue un défi pour la transition agricole et la sécurité alimentaire en Europe. Les installations de jeunes sont freinées par des facteurs allant du revenu insuffisant de la vente des produits agricoles à l'accès au foncier.

Qui va produire l'alimentation de demain en Europe? Les jeunes sont en effet peu enclins à se lancer dans une carrière dans l'agriculture, alors que les départs à la retraite sont nombreux. "Il existe de grandes disparités entre les pays, mais en moyenne 5% des agriculteurs seulement ont moins de 35 ans en Europe" a indiqué mardi à Paris l'Espagnole Maria Fuentes Merino, coordinatrice à la Commission européenne des politiques de développement rural dans le cadre de la politique agricole commune (PAC).

"Pour la France, qui est l'un des pays les plus volontaristes sur l'installation des jeunes, ce chiffre s'élève à 8,5%", a-t-elle précisé.

Deux départs sur trois remplacés en France

En Europe, les trois pays qui "remplacent" le mieux les départs d'agriculteurs à la retraite sont l'Autriche, la Pologne et la Slovaquie. La France, avec deux départs sur trois remplacés, se situe en quatrième position, selon le ministère français de l'agriculture.

Mais les installations de jeunes sont freinées par une multitude de facteurs, allant du revenu insuffisant de la vente des produits agricoles à l'accès au foncier, en passant par les possibilités de financement, a admis Mme Fuentes Merino.

Illustration d'un certain décalage avec le reste de l'Union, alors que la Commission propose de consacrer dans la prochaine Politique agricole commune européenne (2022-2027) 2% de la valeur des paiements directs aux installations de jeunes, le syndicat français des Jeunes agriculteurs (JA) voudrait, lui, obtenir 4%.

Une politique progressive

Le vice-président des Jeunes Agriculteurs (JA), Aurélien Clavel, a dénoncé cette semaine le système actuel d'attribution des aides européennes à l'hectare, qualifié de "poison", qui "favorise l'agrandissement des exploitations et défavorise les jeunes et ceux qui ont moins de moyens". Il a demandé que les subventions ne soient "plus versées à l'hectare, mais à l'actif", comme le recommandait en octobre un rapport d'économistes publié par France Stratégie, proche du cabinet du Premier ministre français.

Même son de cloche du côté du syndicat agricole Confédération paysanne, classé plus à gauche. "Ce sera la seule solution si on veut arriver à faire une transition agricole (avec moins de pesticides chimiques, NDLR), elle ne se fera pas avec moins, mais elle se fera avec plus de paysans", a déclaré son président Nicolas Girod lundi à la presse.

"On ne pourra pas changer tout le système du jour au lendemain", répond prudemment le député européen Jérémy Decerle (groupe Renew Europe), lui-même ex-président des JA, qui participait à une table ronde européenne sur le sujet mardi à Paris. Il souhaite néanmoins une "vraie politique progressive" d'aide à l'installation "à l'échelle européenne" afin d'"enrayer la catastrophe démographique", dans un entretien avec l'AFP.

Améliorer le système de transmission

La nécessité de repenser l'accompagnement à l'installation vient notamment d'une demande accrue chez des néo-agriculteurs, souvent non issus du milieu, pour des projets comme le maraîchage bio par exemple, a souligné Nadou Masson, secrétaire nationale chargée de l'installation-transmission à la Fédération nationale d'agriculture biologique (FNAB). "Certains préfèrent se passer des aides" tellement les processus européens sont compliqués et exigeants, déplore-t-elle.

La France planche actuellement sur une proposition "d'ouvrir le dispositif d'aide au delà de 40 ans" pour les nouveaux arrivants, souvent en conversion professionnelle, donc plus âgés, a souligné une représentante du ministère.

Une amélioration du système de transmission des exploitations est aussi nécessaire, a jugé le président des JA, Samuel Vandaele: "il en va de la sécurité alimentaire en Europe et de la vie des territoires ruraux" a-t-il estimé, en souhaitant une "loi foncière pour favoriser l'accès des jeunes au foncier".

Dans ce domaine, les prix ont été multipliés par deux en dix ans en France, même s'ils restent plus bas en moyenne que dans le reste de l'UE.

Pour parvenir à faire "libérer" les terres par les agriculteurs ayant dépassé l'âge de la retraite, le gouvernement français compte notamment sur sa réforme devant garantir une pension d'au moins 1.000 euros à un chef d'exploitation ayant une carrière complète.

Actuellement nombre d'exploitants âgés continuent de toucher les aides PAC et repoussent sans cesse leur départ en retraite, les pensions étant notoirement trop basses, de l'aveu même du gouvernement.

CC avec AFP