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Pourquoi le pouvoir d'achat des Français a baissé en octobre alors qu'il devait augmenter

Les Français ont perdu en moyenne 7 euros de pouvoir d'achat en octobre, au moment même où ils devaient profiter pleinement de la baisse des cotisations salariales. Ils ont été pénalisés par les hausses des taxes et des prix des carburants. Les effets sont différents entre actifs et retraités, ruraux et urbains, très modestes et classes moyennes.

En 2018, octobre a été un mois crucial pour le pouvoir d'achat. Les taxes sur les carburants avaient augmenté dès le 1er janvier, tout comme la CSG, dont la contrepartie pour les actifs, à savoir la baisse des cotisations salariales, n'est intervenue complètement qu'en octobre.

En effet, le gouvernement a choisi de procéder en deux temps: d'abord en supprimant les cotisations maladies et en baissant les cotisations chômage en début d'année, avant de supprimer intégralement ces dernières à l'automne.

Cette manœuvre était importante dans la communication du gouvernement qui se félicitait, avec la baisse de la taxe d'habitation, d'offrir l'équivalent d'un 13e mois aux Français. Le problème est que, non seulement tous les ménages ne sont pas concernés, mais surtout cette hausse de pouvoir d'achat a été largement absorbée par la hausse du prix des carburants et les taxes affectées.

Les ménages ont perdu au total 380 millions d'euros

La hausse de la TICPE, la taxe sur les produits énergétiques, a entraîné une hausse de la TVA, en ajoutant à cela la montée des cours du pétrole, le prix de l'essence a pris 11%, le gazole 19% et le fioul 27% entre décembre 2017 et octobre 2018, selon une étude de l'Insee publiée ce mardi. Les dépenses des Français en carburant ont alors augmenté de 500 millions d'euros en octobre. "Cette augmentation est due pour un tiers à la hausse de la TICPE et pour deux tiers à celle des prix hors taxe", détaille l'Institut. 

À l'inverse, la bascule des cotisations sociales vers la CSG a fait gagner du pouvoir d'achat aux Français, puisque le revenu disponible total des ménages a augmenté de 120 millions d'euros en octobre. 

En définitive, le revenu disponible des Français a baissé de 380 millions d'euros sur le mois, soit une diminution de 0,5%. En moyenne, la bascule des cotisations vers la CSG a représenté un gain de 5 euros, grignoté par la hausse des taxes sur les carburants qui a coûté 4 euros et 8 euros pour la hausse des prix hors taxe des carburants. Au total, les ménages ont perdu en moyenne 7 euros sur le mois d'octobre.

Les actifs ont gagné 5 euros, les retraités perdu 39 euros

Question pouvoir d'achat, tous les Français ne sont pas logés à la même enseigne. La bascule des cotisations vers la CSG n'a profité qu'aux actifs. Les retraités ne payant pas cotisations chômage. 

Si bien que les Français en emploi ont en réalité gagné 140 millions d'euros sur le mois d'octobre, soit un faible gain de revenu disponible de 0,3%. Dans le détail, la bascule des cotisations leur a rapporté 17 euros en moyenne, quand la hausse des prix des carburants leur a coûté 12 euros, soit un gain final de 5 euros sur le mois. 

Les retraités, eux, ont dû encaisser une baisse significative de leur pouvoir d'achat de 360 millions d'euros, soit une diminution de 2%. Ils subissent de plein fouet la hausse de la CSG, qui leur coûte 27 euros en moyenne, à laquelle s'ajoute une perte de 12 euros due à la hausse des prix des carburants, soit une facture totale de 39 euros.

Les modestes et les ruraux davantage touchés

L'Insee a également découpé l'impact de ces facteurs sur le niveau de vie en fonction du lieu de résidence des ménages. Plus la ville dans laquelle ils habitent est grande, moins ils sont touchés par la hausse des prix des carburants.

"Les dépenses en carburant et en fioul domestique sont en effet plus importantes dans les territoires ruraux où les ménages se chauffent plus souvent au fioul et où l’usage de la voiture est indispensable, qu’à Paris ou à Lyon où la voiture est minoritaire dans les déplacements domicile-travail", précise l'Institut.

Les actifs résidant des communes rurales voient leur niveau de vie baisser de 0,1%. Dans les agglomérations de moins de 20.000 habitants, le solde devient positif de 0,1%. À Paris, les personnes en emploi ont vu leur niveau de vie augmenter de 0,7%. Les retraités sont perdants quel que soit la taille de leur commune, même si les ruraux sont bien plus pénalisés (-2,3%) qu'à Paris par exemple (-1,8%).

Enfin, les plus modestes aussi sont perdants. "Le niveau de vie des ménages en emploi appartenant aux 10% les plus modestes diminue de 0,6%, car leurs dépenses en carburants et en fioul domestique représentent une part plus importante de leur revenu", écrit l'Insee. Pour les 10% les plus riches, leur niveau de vie est "quasi inchangé" car la CSG sur les revenus du patrimoine augmente fortement. Pour bénéficier pleinement de ces mesures, il faut être plus riche que les 30% les plus modestes et moins aisés que les 10% les plus riches. Une fois encore, les retraités sont perdants quel que soit leur niveau de revenu.
Jean-Christophe Catalon