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Contrats courts: un premier pas vers un CDI ou un piège à précaires?

Pôle emploi

Pôle emploi - Pascal Guyot- AFP

Une étude publiée par l'Insee ce mardi met en évidence les difficultés pour les personnes en contrat court à accéder à un CDI. Si une partie arrive rapidement à obtenir un emploi stable, l'insertion sur le marché du travail demeure pour la plupart laborieuse.

Reste-t-on bloqué dans la précarité sur le marché du travail français? Si on prend une photographie de l'emploi dans l'Hexagone, le CDI reste heureusement la norme puisqu'il concerne plus de neuf salariés du privé sur dix. En revanche, le schéma s'inverse lorsqu'il est question des recrutements. Aujourd'hui, près de neuf embauches sur dix se font en contrat court soit, au sens large, en CDD ou en intérim, comme saisonnier ou intermittent, etc. 

Selon le ministère du Travail, de plus en plus de personnes sont contraintes d'enchaîner les CDD, se retrouvant enfermées dans la précarité. La ministre, Muriel Pénicaud, a d'ailleurs pointé ce phénomène pour justifier la nécessité de réformer les règles de l'assurance chômage. Un contrat court, en permettant d'engranger de l'expérience dans un métier, peut aussi être perçu comme un premier pas, un tremplin vers un emploi stable. 

Dans une étude publiée ce mardi, l'Insee a tenté d'évaluer ces deux phénomènes. Pour cela, les statisticiens ont comparé l'évolution de la situation de personnes en CDI et de celles en CDD, en intérim et au chômage entre 2008 et 2015.

Résultat, parmi ceux qui étaient en CDI en 2008, les trois-quarts l'étaient toujours sept ans plus tard, dont un peu plus de la moitié dans la même entreprise. Dans le quart restant, une grande majorité s'est retrouvée au chômage ou inactive (autrement dit elle a quitté ou perdu son travail et n'en cherche plus). 

Il existe bien une trappe à pauvreté

Les choses ont évolué de manière bien différente pour ceux qui étaient en contrat à durée limitée en 2008, sans compter les intérimaires. L'Insee observe deux dynamiques. D'abord, au bout d'un an seulement, près d'un quart ont signé un CDI, dont la moitié dans la même entreprise. Pour eux, le contrat court a été un tremplin vers plus de stabilité.

En revanche, la progression ralentie fortement les années suivantes. Si bien qu'au total moins de la moitié est en CDI en 2015, dont seulement 20% dans la même entreprise. Par ailleurs, 15% sont encore en contrat court et 20% sont au chômage ou inactifs. D'une manière générale, ces personnes ont connu davantage de périodes de chômage que celles qui étaient en CDI en 2008.

Concernant ceux qui étaient intérimaires en 2008, ils ont connu encore plus de difficultés. L'année suivante seuls 15% étaient en CDI, et 41% au bout de sept ans. Du côté de ceux qui étaient chômeurs et percevaient des indemnités, la moitié a un emploi en 2015, mais seulement 28% sont en CDI.

Finalement, cette étude "accrédite la thèse d'un effet dit de 'trappe à précarité', qui empêcherait une partie des salariés employés en contrats à durée limitée, comparés à ceux initialement en CDI, de nouer une relation d'emploi stable avec un employeur, et même de s'insérer sur le marché du travail", en conclut l'Insee.

Tout en spécifiant qu'avoir un contrat, même s'il est court "augmente les chances d'obtenir ensuite une meilleure insertion, voire un emploi stable" par rapport aux chômeurs.

Le type de contrat privilégié par rapport à la rémunération

L'étude s'est focalisée sur les personnes âgées de 16 à 50 ans. Les auteurs ont observés que les passages d'un contrat court vers un CDI "sont moins fréquentes" pour les 36-50 ans "que pour les salariés plus jeunes". L'insertion est également plus difficile pour les hommes que pour les femmes.

Par ailleurs, en moyenne les salariés en CDI ont une meilleure rémunération que ceux en contrat court. Il faut dire qu'il ont généralement de meilleurs diplômes, sont plus souvent cadres et ont plus d'expérience. En revanche, à compétence et expérience égale, ceux en CDI ont un salaire horaire inférieur de 1,7% à 4% à ceux en CDD.

Il faut dire que ces derniers peuvent bénéficient d'une prime de précarité à la fin de leur contrat. Surtout, il s'avérerait que les candidats privilégient le type de contrat à la rémunération. Autrement dit, ils préfèrent être moins bien payés mais en CDI, que d'être mieux payés mais en CDD. Surtout qu'une fois en CDI, la progression du salaire est plus forte qu'en CDD, notamment avec l'ancienneté.

Jean-Christophe Catalon