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L'Observatoire des inégalités s'inquiète de la recrudescence des emplois précaires

La part des personnes en emploi précaire dans l'ensemble des personnes en emploi s'élève à 13,6% en 2017.

La part des personnes en emploi précaire dans l'ensemble des personnes en emploi s'élève à 13,6% en 2017. - LOIC VENANCE / AFP

Les personnes en CDD, intérim et apprentissage représentaient 13,6% de l'ensemble des personnes disposant d'un emploi en 2017. Un niveau bien plus élevé qu'en 2014, souligne l'Observatoire des inégalités.

Le thème n'a pas manqué de ressurgir avec le mouvement des gilets jaunes. L'enjeu des inégalités occupe désormais une place centrale dans le débat public. Où en sommes nous en France? L'Observatoire des inégalités, un organisme indépendant soutenu entre autres par la Fondation Abbé Pierre, tente de répondre à cette question en dressant un état des lieux de la situation dans son Rapport sur les inégalités en France 2019 publié mardi.

L'écart de niveau de vie entre les riches et les pauvres s'est creusé de 10.000 euros en vingt ans

Lorsque ce thème est abordé, la première question qui vient à l'esprit est souvent celle des revenus. Entre 2011 et 2013, les inégalités ont diminué notamment avec "les mesures prises par les majorités Sarkozy et Hollande qui les ont réduites sensiblement par le haut, par le biais des plus riches". Depuis, elles se sont stabilisées. Toutefois, l'écart de niveau de vie entre les 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres s'est creusé de 10.000 euros en vingt ans. Les inégalités se sont accrues, mais il n'y a "pas une explosion des écarts", nuance Louis Maurin, directeur de l'Observatoire.

Le rapport s'appuie sur les données de l'Insee qui s'arrêtent en 2016. Quelle influence aura la politique d'Emmanuel Macron sur les inégalités de revenus? Selon Louis Maurin, il y a une "grande probabilité" qu'elles s'accroissent. D'un côté la suppression de l'ISF et l'instauration de la flat tax font fortement progresser le niveau de vie des plus riches. De l'autre, certes de l'autre l'allocation adulte handicapé et du minimum vieillesse ont été augmentés, mais "pour toute une partie de la population très peu de chose a été fait", rappelle le directeur de l'Observatoire, citant les jeunes peu diplômés et les familles monoparentales.

8 millions de personnes en "mal-emploi"

Les réelles inquiétudes sont surtout du côté de l'emploi. "La plupart des indicateurs sont plutôt dans le rouge, malgré la baisse du chômage", pointe Anne Brunner, cheffe de projet à l'Observatoire des inégalités. 

L'organisme calcule ce qu'il appelle le "mal-emploi", qui regroupe les chômeurs, les travailleurs en contrat précaire et les personnes considérées comme inactives (autrement dit qui ne cherchent pas activement un emploi) mais qui souhaitent travailler. Au total, plus de huit millions de personnes seraient en "mal-emploi". Cela représente un quart des personnes qui souhaitent travailler n'ont pas de stabilité de l'emploi et c'est sans compter les 1,6 million de travailleurs en temps partiel contraint. "Toute une France est dans l'insécurité sociale", souligne Louis Maurin. 

13,6% de travailleurs précaires

Cette situation est en partie alimentée par un phénomène récent qui inquiète l'Observatoire. Il s'agit de la hausse de la précarité de l'emploi. Les personnes en CDD, intérim et apprentissage représentent 13,6% de l'ensemble des personnes en emploi en 2017, contre 12,1% trois ans plus tôt.

"C'est un indicateur à suivre dans les années qui viennent pour voir s'il s'agit d'un effet de la reprise, les employeurs vont commencer par employer des personnes en statut précaire, ou si c'est au contraire un effet plus structurel de dérégulation du droit du travail d'une attente de toujours plus de flexibilité", détaille Anne Brunner.

La cheffe de projet de l'Observatoire précise que cette précarité touche aussi les fonctionnaires et les indépendants. Les seconds ne sont pas pris en compte dans les chiffres cités plus haut, mais ils sont en première ligne avec "le développement des micro-entrepreneurs, des travailleurs du clic avec des niveaux de revenus très bas".

Jean-Christophe Catalon