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Comment la France se prépare à une cyberguerre mondiale

Florence Parly, ministre des Armées, a décidé de doter l'Armée française d'une doctrine militaire de lutte informatique.

Florence Parly, ministre des Armées, a décidé de doter l'Armée française d'une doctrine militaire de lutte informatique. - Thomas SAMSON - AFP

Dans un discours d'une rare gravité, la ministre des Armées a dévoilé une multiplication de cyberattaques qui en 2017 ont même visées son ministère. Pour y faire face, elle dote les forces armées d'une doctrine de lutte informatique offensive et recrute 4000 cybercombattants.

"La guerre cyber a commencé", a déclaré avec gravité Florence Parly ce vendredi 18 janvier lors d’une conférence annonçant une "doctrine militaire de lutte informatique". Pour prouver l’ampleur de la situation, la ministre des Armées a fait une révélation. Fin 2017, année de la création d’un commandement de cyberdéfense (Comcyber), une cyberattaque a visé son ministère. "Un attaquant cherchait à accéder directement aux contenus de boites mails de 19 cadres du ministère dont quelques personnalités sensibles. Sans notre vigilance, c’est toute notre chaîne d’alimentation en carburant de la Marine nationale qui aurait été exposée", a dévoilé la ministre.

Cette offensive a duré plusieurs mois durant lesquels les cyber-combattants de l’Armée française l'ont analysé. Selon ces experts, le mode d’attaque proche de celui utilisé par Turla, un groupe de cyberespionnage russophone. La ministre a aussi dévoilé qu’en 2017 son ministère a été visé par 700 événements de sécurité dont 100 attaques ont ciblé les réseaux de son ministère. En 2018, ce nombre a été atteint dès le mois de septembre. "Bienvenue en 2019. Bienvenue devant une réalité qui dès maintenant, pourrait entraver notre défense, briser nos secrets", a lancé Florence Parly en rappelant la tentative d’espionnage d’un satellite militaire par la Russie il y a deux ans.

Présent à cette présentation, le chef d'état-major des armées, le général François Lecointre, a précisé que les cyberattaques proviennent non seulement d'états, mais aussi venant de hackers, groupes terroristes ou de criminels. "Les armes cyber apparaissent désormais comme des éléments incontournables de l'action militaire", annonce le général Lecointre.

4000 cybercombattants d'ici sept ans

Pour faire face aux cyberagressions, la France a décidé de se doter d’une doctrine de lutte informatique non seulement défensive, mais désormais offensive, comme l’ont déjà fait les Etats-Unis. Classée secret défense, elle vise à protéger, surveiller, identifier, riposter et neutraliser les attaques. Une démarche vitale à l’heure où l’armée française se dote d’équipements de combat connectés et reliés à une constellation de satellites pour le recueil d'informations.

Le gouvernement a décidé de faire émerger une filière numérique de défense. "C’est l’un des objectifs de l’agence pour l’innovation défense tout juste créée, qui sera, sous l’égide de la DGA, notre bras armé pour mieux détecter et accompagner l’innovation" en s’appuyant sur des PME et des start-up. Lors du Forum international de la cybersécurité (FIC) qui se tiendra dans quelques jours, Florence Parly dévoilera aussi un partenariat avec les grands industriels de défense.

Ce dispositif s’ajoute à la LPM (loi de programmation militaire) qui repose sur un budget de 1.6 milliard d’euros pour recruter 1000 cybercomattants d’ici 2025 qui seront déployés au sein du Comcyber, à la DGSE et la DGA pour atteindre un effectif de 4000 personnes d'ici sept ans. Un appel à candidature a déjà été lancé sur les réseaux sociaux. "Les jeunes talents sont les bienvenus, faites le savoir", a lancé Florence Parly. La DGSE recrute, d’ici à la fin de 2019, "près de 600 agents aux profils très variés pour faire face aux menaces grandissantes du terrorisme et de la cybercriminalité".

Une arme cyber pour la riposte

L'Armée française devra également tenir compte de nouveaux risques. Les outils numériques potentiellement piratables (smartphones, applis, objets connectés) sont devenus des objets du quotidien chez les civils aussi bien que chez les militaires et ces derniers devront tenir compte des failles qu’ils peuvent ouvrir. En 2018, en utilisant une appli de fitness, des militaires américains avaient dévoilé sans le vouloir l’emplacement de bases secrètes, notamment en Syrie.

Nos soldats devront-ils abandonner leur smartphone potentiellement piratables ou seront-ils équipés d’appareils sécurisés? Florence Parly ne l’a pas précisé. La ministre affirme par contre qu’en cas d’attaque, la France utilisera l’arme cyber. "Que ceux qui sont tentés de s’attaquer à nos forces armées le sachent: nous n’aurons pas peur de l’utiliser", prévient la ministre en précisant que la riposte se fera "dans le respect du droit international".

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco