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Le projet de Matignon-bis: cher et en retard

Le futur centre administratif Fontenoy devrait abriter 3.000 fonctionnaires

Le futur centre administratif Fontenoy devrait abriter 3.000 fonctionnaires - Premier ministre

Lancée en 2009, le regroupement de services dépendant du Premier ministre dans un bâtiment situé Place de Fontenoy à Paris est toujours à l'état de projet. Le permis de construire ne devrait être délivré qu'en février 2015. Quant au coût final, il pourrait largement dépasser 50 millions.

C'est toujours long avec l'Etat quand il s'agit de projet immobilier. Et à l'arrivée, cela peut coûter largement plus cher que les estimations initiales. 

A preuve, le projet de création d'un nouveau centre gouvernemental en plein Paris dont on parle depuis 2009 mais dont le permis de construire ne devrait être délivré qu'en février 2015. Les premières prévisions annonçaient pourtant le lancement des travaux en... janvier 2013.

Quant au coût final, certains évoquent en privé une ardoise de 50 à 80 millions pour l'Etat. Le tout pour un simple réaménagement d'un bâtiment existant ! 

Très belle adresse en plein Paris

L'idée de ce centre a été actée en 2011 par le gouvernement Fillon et confirmée fin 2012 par celui de Jean-Marc Ayrault. Il est destiné à regrouper une grande partie des services dépendant de Matignon dispersés sur 38 sites dans la capitale, ainsi que plusieurs autorités administratives comme le Défenseur des droits, la Commission nationale informatique et liberté (Cnil) ou encore le Centre d'analyse stratégique et le Service d'information du gouvernement (SIG).

Au total, 3.000 hauts fonctionnaires et agents administratifs devraient être regroupés dans les anciens bâtiments des ministère de la mer et de la santé, Place de Fontenoy et avenue de Ségur : 55.000 m2 sur 7 étages situés face à l'Ecole militaire et l'Unesco. Une belle adresse alors que d'autres administrations partent en banlieue.

Les premiers occupants devraient prendre possession de leurs nouveaux bureaux en 2016 puis fin 2017 pour le gros de la troupe. Mais rien n'est moins sûr, même si le secrétaire général du gouvernement affirme que l'avancement du projet est conforme au calendrier prévisionnel, comme le note la rapporteure des crédits de Matignon pour 2015, dans un document qui vient d'être mis en ligne. En effet, certains responsables d'autorité administratives ne veulent pas se retrouver avec d'autres fonctionnaires et font toujours pression sur Matignon pour garder leurs actuels locaux indépendants ! 

Partenariat entre l'Etat et... l'Etat

Dans un rapport publié l'an dernier, le sénateur UMP de Paris Philippe Dominati alertait : "il est difficile de connaître la véritable estimation du coût de l'opération". A ce jour, elle n'est toujours pas connue. L'Etat, n'ayant pas les moyens de financer directement l'opération, a choisi de recourir à un partenariat public-privé (PPP) mais avec un organisme, la Sovafim dont le seul actionnaire est... l'Etat. Cette Sovafim a obtenu de l'Etat "les droits de superficie" pour 13 ans en contrepartie d'un loyer annuel de 21 millions. En 2011, la Cour des comptes recommandait pourtant "de mettre un terme à l'existence de cette société inutile". Selon Bercy, citée par le rapport Dominati, le recours à un tel PPP renchérit l'opération de 30% par rapport à une maîtrise d'oeuvre publique.

L'Etat, lui, veut rentrer dans son argent en économisant sur les loyers actuels et en vendant une partie des immeubles occupés par les services de Matignon qui rejoindront le futur centre Fontenoy.

Mais aucune estimation fiable n'est possible à ce jour en raison de la santé du marché immobilier. Du coup, le bilan de l'opération pourrait réserver de mauvaises surprises dans les prochaines années.

Patrick Coquidé