BFM Business

Hausse de la TVA: les critiques fusent après les annonces du gouvernement

Les annonces de Jean-Marc Ayrault ont fait réagir vivement les fédérations du bâtiment et de la restauration.

Les annonces de Jean-Marc Ayrault ont fait réagir vivement les fédérations du bâtiment et de la restauration. - -

Les professionnels du bâtiment, de la restauration, mais aussi un économiste proche du PS dénoncent les mesures prises pour renforcer la compétitivité. Louis Gallois, pour sa part, s'en félicite.

Il fallait s'en douter. Peu après les annonces de Jean-Marc Ayrault, les réactions se sont enchaînées. Et les coups les plus violents viennent de son propre camp.

Pour l'économiste Thomas Piketty, proche du Parti socialiste et apôtre d'une grande réforme fiscale, le choix d'augmenter le taux de la TVA pour financer un crédit d'impôt pour les entreprises est une régression intellectuelle et politique majeure.

"Le fait que la gauche en arrive aujourd'hui avec comme seul horizon fiscal un bidouillage sur le taux de TVA,sur les produits de première nécessité tout en augmentant le taux général, c'est une régression intellectuelle et politique considérable !", déclare-t-il dans un entretien au quotidien Le Monde publié mardi.

L'économiste ironise sur ces hausses de TVA alors que la gauche a annulé la "TVA sociale" votée dans les derniers mois de la présidence de Nicolas Sarkozy. "Il me semble que c'est ce qui a été annulé l'été dernier", dit-il.

Quant au crédit d'impôt, "a priori, je suis sceptique", dit-il. "Tout cela ne ressemble pas à une réforme fiscale claire et lisible."

Thomas Piketty, qui préconise une fusion de l'impôt sur le revenu et de la CSG, une idée reprise par François Hollande avant d'être différée, déclare à ce sujet : "Cela vient d'une part d'un manque de courage politique" mais "ce qui m'inquiète le plus, c'est que j'ai l'impression qu'il y a également une part d'incompétence".

Les restaurateurs dénoncent une "décision brutale"

Comme il fallait s'y attendre, les restaurateurs ont réagi négativement à cette évolution du taux réduit de TVA, qui passera de 7 à 10%. Le Synhorcat, deuxième organisation professionnelle du secteur, dénonce une décision "brutale" qui sacrifiera "un nombre très important d'emplois".

"On a une décision brutale, prise comme ça par le gouvernement", a déploré Didier Chenet, son président. "C'est faire fi de toutes les discussions que nous menons", a-t-il souligné. Première conséquence, selon lui: la "prime TVA" de 2% du salaire brut annuel, consentie aux salariés en 2009 en échange de la baisse de la TVA, va "sauter".

Une concertation était en cours à Bercy avec la profession à propos du devenir de leur TVA à 7%, avantage fiscal hérité du quinquennat Sarkozy, mais le gouvernement n'aura pas attendu qu'elle aille à son terme pour trancher.

Les professionnels du bâtiment en colère

Dans le bâtiment, c'est également la déception qui domine: "Cette hausse pour les travaux d'entretien et de rénovation de logements est contraire à tous les engagements pris depuis des mois par le gouvernement et le président de la République, qui a même formellement démenti, le 19 octobre dernier, toute hypothèse de hausse de la TVA dans le bâtiment", a dénoncé la Fédération française du bâtiment (FFB) dans un communiqué.
Cette dernière ajoute que "cette hausse aura des effets catastrophiques sur l'activité et sur l'emploi, provoquant inévitablement un retour massif du travail au noir" (...) Elle marquera la fin des engagements en faveur de la rénovation énergétique de 500 000 logements par an et affectera inévitablement l'activité des organismes HLM"

Même son de cloche du côté de la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb). "Les clients vont se tourner vers les auto-entrepreneurs qui n'ont pas les mêmes charges que nous et qui ont une TVA à 0%", a déploré Patrick Liébus, son président, qui demande "une mobilisation générale de toute la filière du bâtiment contre cette mesure".

Les professionnels du bâtiment estiment que la hausse de la TVA provoquera "la perte d'au moins 20 000 emplois" dans le secteur.

Le gouvernement "a pris la mesure du problème", pour Louis Gallois

Le commissaire à l'Investissement Louis Gallois, auteur du rapport qui a inspiré les mesures pour les entreprises annoncées mardi, estime que "le gouvernement a pris la mesure du problème" de compétitivité en France.

Il a ainsi déclaré à l'AFP que la principale mesure de 20 milliards d'euros de crédit d'impôts était "au moins aussi favorable sinon plus" pour les entreprises que l'abaissement des cotisations patronales du même montant qu'il préconisait dans son rapport remis lundi.

Yann Duvert