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Déconfinement: les zones d'ombre qui pèsent encore sur la relance de l'économie

L'exécutif a détaillé jeudi les règles du déconfinement. Entre port du masque obligatoire dans les transports en commun, la fin de l'attestation dérogatoire pour les déplacements de moins de 100 kilomètres et des mesures très strictes qui s'appliqueront dans les commerces... Certaines règles sont claires. D'autres, notamment celles qui concernent l'avenir économique du pays et des entreprises, un peu moins.

La méthode du gouvernement pour orchestrer le déconfinement est-elle la plus judicieuse? Si le but consiste à relancer l'économie de manière progressive pour renouer avec un rythme d'activité d'avant crise tout en restant intransigeant sur la gestion du risque sanitaire, certaines interrogations demeurent.

En ce qui concerne l'organisation des transports en commun ainsi que le retour des enfants à l'école, l'exécutif pourrait, au fil des semaines, ajuster la méthodologie fixée en fonction de la réalité du terrain. Le vrai problème concerne d'avantage les entreprises et notamment la chute de productivité que va provoquer cette nouvelle organisation de l'économie.

Entre des horaires décalés qui risquent d'être compliqués à gérer pour les PME, une présence physique alternée dans les locaux, une hausse des coûts de production liée à la mise en place de mesures sanitaires drastiques et à l'achat de matériel de protection, la viabilité de nombreuses TPE-PME pourrait être altérée.

Dans ces conditions, l'économie pourrait tourner au maximum à 90% de ses capacités et engendrer une perte mensuelle de 20 milliards de PIB. Le problème tient au fait que tous les dispositifs prévus devraient prendre fin en mai ou juin (pour le moment du moins) à l'exception de prêt garanti par l'Etat qui se poursuivra jusqu'en décembre prochain. L'automne 2020 pourrait donc bien incarner l'automne de tous les dangers pour les entreprises.

Quid de la consommation après la réouverture des commerces?

Si les entreprises fermées depuis le 17 mars n'ont qu'une hâte: celle de reprendre du service, la question du pouvoir d'achat et de la consommation des ménages se pose également. Les Français seront-ils enclins à consommer à l'heure où seulement 1 salarié sur 10 travaille comme avant, où presque 5 salariés sur 10 sont au chômage partiel, 3 sont en télétravail, 1 est en arrêt maladie et 1 seul salarié se rend sur son lieu de travail comme avant?

Sur 10 salariés, 3 ont des doutes aujourd'hui quant à la pérennité de leur emploi. Difficile donc de dépenser sereinement. D'où cette question: les filets de protection déployés par le gouvernement pour relancer la croissance sont-ils suffisants? Dans la mesure où cette crise économico-sanitaire pourrait coûter 15 points de PIB (300 milliards d'euros) à la France, les économistes estiment qu'il conviendrait de rajouter au minimum 100 milliards d'euros de plus sur la table que ce qui a déjà été mis aujourd'hui.

Julie Cohen-Heurton avec Emmanuel Lechypre