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Budget 2020: "maintenant on est au pied du mur", assure Denis Ferrand (Rexecode)

Tant en matière de réduction des déficits que sur le volet des dépenses, le budget 2020 - qui prévoit 6,5 milliards d’euros de nouvelles mesures en faveur du pouvoir d'achat - laisse les observateurs perplexes.

Le budget 2020 que le gouvernement s'apprête à présenter vendredi est-il dénué d'ambition? À cela, Denis Ferrand, directeur général de Rexecode, invité sur le plateau de Good Morning Business ce lundi 23 septembre répond que "les ambitions, elles ont peut-être été déjà un peu avancées, déjà préemptées d'une certaine manière. Elles ont été préemptées en décembre dernier, elles ont été amplifiées en avril quand il y a eu les réponses aux 'gilets jaunes'", pointe l'économiste. Et de poursuivre: "En réalité, il y a eu du décalage dans les applications et les mesures qui avaient été annoncées. (…) Et donc voilà, maintenant on est au pied du mur. Les baisses d'impôts qui avaient été annoncées ubi et orbi vont entrer en application dans le budget 2020. Donc forcément, ça vous rogne les ambitions que vous pouvez déployer".

Du mieux, mais pas grâce à l'Etat?

Mais le directeur général de Rexecode tient à le souligner. Du côté de certaines dépenses, il convient de noter quelques avancées significatives. Du moins un recul qui ne serait toutefois pas à imputer à l'exécutif. "Le manque d'ambition en fait, on le voit pas tant effectivement du côté des recettes que du côté des dépenses. Encore que du côté des dépenses il y a un recul qui est quand même tout à fait saisissant. Ce sont les charges d'intérêt qui sont liées à la dette (- 8 milliards sur deux ans, NDLR)".

Et de poursuivre: "D'autres dépenses qui sont en recul, ça va être l'application de la réforme de l'assurance chômage si celle-ci se met en place assez rapidement. Mais d'une certaine manière, on voit que les réponses en termes de dépenses, elles ne tiennent pas à l'Etat. Mais elles tiennent à une organisation de type Unedic qui n'est pas l'Etat que je sache. (...) Donc d'une certain manière on retrouve un peu ce manque d'ambition".

Le pari du pouvoir d'achat

Pour rappel, le gouvernement doit présenter vendredi 27 septembre son projet de budget pour 2020 qu'il a décidé de placer sous le signe des baisses d'impôts pour les ménages près d'un an après le déclenchement du mouvement des "gilets jaunes", quitte à temporiser sur la réduction de la dette. Ce n'est pas le scénario qu'avait prévu l'exécutif mais la crise sociale et le ralentissement de la croissance mondiale sont venus chambouler la préparation du projet de loi de finances (PLF) qui sera dévoilé en conseil des ministres.

Pour calmer la grogne sociale, le président de la République Emmanuel Macron avait annoncé au printemps dernier 5 milliards d'euros de baisses d'impôts sur le revenu pour les ménages et la réindexation sur l'inflation d'une partie des petites de retraites, pour un coût de 1,5 milliard d'euros.

Ces mesures de soutien au pouvoir d'achat des Français étaient venues s'ajouter à la poursuite prévue de la suppression de la taxe d'habitation (plus de 3 milliards d'euros), dont seront exemptés 80% des ménages.

A charge donc désormais pour le gouvernement de trouver comment boucler un budget 2020 qui devait initialement montrer les efforts de la France pour réduire ses dépenses et baisser son déficit.

Croissance au ralenti

Selon Bercy, la hausse du produit intérieur brut devrait finalement atteindre 1,3% l'an prochain, contre 1,4% initialement prévu. 

Ce tassement ne fait pas les affaires du gouvernement en réduisant ses marges de manœuvres, alors qu'il a déjà des difficultés à financer les annonces présidentielles par des mesures d'économies.

Si le projet de loi de finances confirmera le quasi gel des allocations familiales et des aides personnalisées au logement, il va surtout puiser plus de 1,3 milliard d'euros dans la poche des entreprises, avec la suppression de niches fiscales et une moindre baisse de l'impôt sur les sociétés.

Mais là encore, Bercy a dû reculer par rapport à ses ambitions initiales face à la grogne des patrons.

Côté amaigrissement de l'Etat, la ceinture sera un peu relâchée, puisque le gouvernement table sur 2.593 suppressions de postes dans la fonction publique, essentiellement dans le périmètre des ministères des Comptes publics et de la Transition écologique, contre 4.100 cette année.

Julie Cohen-Heurton, avec AFP