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Dette grecque: pourquoi Tsipras fait monter la pression 

Alexis Tsipras s'est entretenu avec Donald Tusk, le président du Conseil européen le 5 avril à Athènes.

Alexis Tsipras s'est entretenu avec Donald Tusk, le président du Conseil européen le 5 avril à Athènes. - LOUISA GOULIAMAKI / AFP

Le président grec a réclamé un accord avec les créanciers du pays lors de l’Eurogroupe de ce vendredi. le choix de la date est tout sauf d’anodin.

Des négociations qui traînent en longueur, des désaccords persistants, et la menace d’un séisme économique au sein de la zone euro... Rien de nouveau, ou presque, sous le soleil d’Athènes.

Mais tout cela n'est pas vraiment du goût d’Alexis Tsipras, qui a fait monter la pression à la veille d’un Eurogroupe potentiellement décisif. "S'il n'y a pas de fumée blanche vendredi, j'ai demandé à M. Tusk que des initiatives soient prises pour convoquer un sommet des pays membres de la zone euro", a ainsi déclaré le dirigeant grec à la suite d’une rencontre avec le président du Conseil européen.

En jeu: le maintien de la Grèce sous perfusion financière jusqu’à son retour sur les marchés, prévu en 2018. Avec de nouvelles mesures d’austérité au programme, une énième coupe dans les retraites ainsi qu’une hausse d’impôts semblant inévitables.

Pour l’instant, les exigences du Fonds monétaire international se heurtent au refus des dirigeants grecs, ces derniers réclamant en échange un allègement substantiel de la dette du pays. Mais cette condition est par ailleurs refusée par la zone euro, menée par l’Allemagne.

Hollande et Merkel en première ligne

Alors que les discussions patinent depuis des mois, le moment choisi par Alexis Tsipras pour hausser le ton n’est pas anodin. Car le temps presse, et aucune des parties n’a intérêt à ce que le dossier ne s’enlise un peu plus.

L’incertitude politique en Europe, liée aux prochaines élections françaises et allemandes, jouent en effet en faveur du président grec. "A partir du 23 avril, date du premier tour de l’élection présidentielle française, jusqu’au résultat des élections allemandes à l’automne, aucune décision ne sera prise", rappelle Sylvie Matelly, directrice adjointe à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

En outre, dans un contexte où l’unité européenne n’a jamais été aussi fragile, "François Hollande et Angela Merkel sont bien conscients de leur connaissance du dossier", estime la chercheuse. Ce qui leur confère la responsabilité de conclure un accord, et rapidement.

Ce qui place, de manière relative, Alexis Tsipras en position de force pour obtenir un compromis plus conforme à ses attentes. D’autant que l’Union européenne, déjà ébranlée par la sortie prochaine du Royaume-Uni, devrait vouloir s’épargner une crise qui pourrait se révéler fatale.