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Comment la Grèce pourrait convaincre ses créanciers

La Grèce doit notamment prendre soin de ses créanciers privilégiés, le FMI et la Banque centrale européenne

La Grèce doit notamment prendre soin de ses créanciers privilégiés, le FMI et la Banque centrale européenne - Luisa Gouliamaki

Le gouvernement grec commence à avancer ses propositions pour trouver une solution au sujet de son insoutenable dette. Chaque créancier bénéficierait d'un traitement spécifique.

Le gouvernement grec avance ses premières propositions afin de réaménager la dette. Il n'est plus question de tirer un trait sur le principal, mais de procéder à un échange d'obligations. Ce qui pose la question du traitement des créanciers d'Athènes.

Parmi eux, il y a le privilégié d'entre tous, celui que la Grèce ne peut absolument pas se permettre de mécontenter: le Fonds monétaire international. Ne pas rembourser le FMI revient à se couper de ses sources de financement public ou privé en dehors de ses frontières.

Pour espérer alors disposer d'argent frais, il n'y aurait plus alors que deux moyens. Soit disposer d'importantes ressources naturelles négociables, céréales ou pétrole par exemple. Ce n'est évidemment pas le cas de la Grèce. Soit passer sous les fourches caudines d'une capitale étrangère, qui va régler vos fins de mois selon son bon vouloir. Ce qui n'est pas l'intention de la Grèce.

Vient ensuite l'autre créancier privilégié: la banque centrale européenne. Cette institution est devenue la garante de la pérennité de la zone euro. Couper demain les vivres aux banques grecques qui ne pourront alors plus racheter de la dette grecque de court terme, conduirait à l'irréparable.

Des obligations "perpétuelles" pour la BCE?

Même si le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis; demande bel et bien à la banque centrale une remise en cause de ses créances, ce ne serait pas pour autant un effacement. Les bons du Trésor grec détenus actuellement par la BCE seraient échangés contre des obligations dites "perpétuelles".

Autrement dit, le principal ne serait en réalité jamais remboursé. En revanche, les intérêts continueraient à courir. Ces titres auraient ainsi pour la BCE une nouvelle valeur marchande sur les marchés financiers : de très gros investisseurs de long terme pourront les racheter pour la rémunération assurée. Un schéma en tout cas valable sur le papier.

Reste la question des dettes à l'égard des Etats de l'Union européenne. Dans ce dernier cas de figure, le principe revient à échanger du vieux toujours plus incertain pour du neuf éventuellement prometteur. Dimanche à Paris, tout au long de sa conférence de presse aux côtés de Michel Sapin, le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis a rappelé d'où il venait : le monde de l'université, c'est-à-dire celui des idées. Et l'idée qu'il avance à présent au nom de son pays, c'est de céder ses obligations classiques contre des obligations indexées sur le produit intérieur brut, l'évolution de la croissance économique.

Une véritable solution?

Le lauréat 2013 du Nobel d'Economie Robert Shiller défend cette piste. Et il n'est pas le seul économiste dans ce cas. Même outre-Rhin, l'idée fait son chemin. L'un des principaux centres de recherche économique d'Allemagne, le DIW (Deutsches Institut für Wirtschafsordnung) soutient cette idée. Dans un article académique qui date de novembre, ses économistes ont décrit comment, selon eux, cette mesure stabiliserait enfin le cycle économique de la Grèce et réduirait le risque de défaut. Le débiteur a moins d'austérité à consentir. Le créancier peut, lui, viser d'avantage d'intérêts. Toutefois, comme l'explique aujourd'hui l'économiste en chef de Oddo securities : ce n'est pas cela qui réglera le problème du stock de la dette grecque.

Benaouda Abdeddaïm