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Comment la France peut réduire sa dépendance industrielle dans le secteur de la santé

Sur BFM Business, Sébastien Jean, le directeur du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII) revient sur la nécessité de réduire la dépendance de la France dans le domaine sanitaire et sur la façon d'y parvenir.

Face à la pandémie, les Etats s'organisent. Mais par manque de prévoyance et de coordination à l'échelle européenne, les pays peinent parfois à trouver des réponses adaptées, notamment, sur le volet industriel et sanitaire.

Invité dans l'émission Inside ce mercredi sur BFM Business, le directeur du CEPII Sébastien Jean rappelle que le monde se trouve aujourd'hui "dans une situation où on est relativement démuni pour faire face de façon suffisamment adaptée à la crise qui était certes imprévisible".

Avoir "les moyens de son autonomie"

Selon l'économiste, le véritable enjeu en Europe, c'est de "se coordonner pour avoir une réponse commune qui soit solide et qui permette de nous donner les moyens de bien réagir. Et ce que l'on voit actuellement, c'est que dans des matières vraiment critiques comme celle de la santé, il faut avoir les moyens de son autonomie et il ne faut pas forcément trop dépendre du marché. Ça peut être dangereux quand la crise touche son paroxysme", alerte le directeur du CEPII.

Si Sébastien Jean concède que nombre d'entreprises françaises s'emploient aujourd'hui bien volontiers à réorienter leur production pour fabriquer des tests et des équipements de protection, le pays se retrouve malgré tout pris "au dépourvu".

"On manque de capacité (…) adaptée de réaction pour (…) avoir une réponse extrêmement vigoureuse à la hauteur du défi et la soudaineté de la crise", insiste-t-il.

Selon lui, si la France se retrouve aujourd'hui dans cette situation, c'est avant tout à cause "d'un manque de coordination au niveau européen", mais aussi "au niveau français". 

"On a l'illustration du fait que, c'est avec des capacités de production propres que l'on peut réagir sans dépendre de marchés mondiaux qui sont forcément un peu aléatoires", poursuit Sébastien Jean.

Quelle stratégie après la crise?

Pour le directeur du CEPII, il convient donc non seulement d'instaurer "une coordination européenne plus claire", mais également d'éviter "de trop dépendre de l'étranger" sur "des matières que l'on identifie comme étant un peu critiques - et là ces équipements sanitaires en font partie".

Pour parvenir à cette fin, il estime que le financement public de la recherche en Europe peut se révéler "intéressant", notamment dans les cas où les incertitudes sont grandes et où le secteur privé rencontre des difficultés pour trouver des financements.

Dans ces situations, les Etats peuvent, selon l'économiste, "donner de la visibilité", "fixer des horizons" et permettre ainsi "que se mettent en œuvre des moyens susceptibles d'aboutir à des innovations un peu radicales. Ce que l'on a du mal à faire en Europe".

Enfin, le directeur du CEPII souligne que la France devra, à l'avenir, se montrer plus prévoyante (notamment au niveau de la gestion de ses stocks) et s'assurer que "sur des éléments critiques, il y ait suffisamment de capacité de production sur notre sol pour que l'on puisse directement agir dessus" afin d'être en capacité d'augmenter les cadences de production lorsque cela s'avère nécessaire.

Julie Cohen-Heurton