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Face à la crise, les États échafaudent leurs plans pour soutenir leurs industries

Paris La Défense

Paris La Défense - Pixabay

Tandis que le coronavirus fait chaque jour des milliers de victimes et que la plupart des pays se dirigent vers une récession -si ce n'est pire- les têtes d'affiche européennes peinent toujours à accorder leurs violons.

Faut-il apporter une réponse collective face à la crise économico-sanitaire ou, à l'inverse, laisser les États de la zone euro se concentrer sur leurs propres difficultés pour soutenir leur industrie?

En début de semaine, l'ancien ministre des Finances français, puis patron d'Atos, et désormais commissaire européen Thierry Breton, expliquait dans un entretien accordé aux Echos, que si les règles de discipline budgétaire consignées dans le Pacte de stabilité et de croissance avaient été suspendues, il revenait "maintenant à chaque État membre de préparer un plan destiné à préserver son écosystème industriel, à les accompagner dans cette phase critique tout en les aidant à préparer la sortie de crise".

Dichotomie par temps de crise

Avec d'un côté, certains États, à l'instar de la France et de l'Italie, qui appellent à mettre en commun leurs dettes nationales pour les financer plus facilement, de l'autre, des pays comme l'Allemagne qui – s'ils entendent de plus en plus volontiers cette notion d'union sacrée – n'en sont pas moins réticents à l'idée d'émettre collectivement des corona bonds, les divergences demeurent.

Les discussions menées ces dernières semaines n'ont, en outre, fait qu'aggraver la fracture entre les pays du Nord, plus riches et dont les finances se révèlent plus saines, et ceux du Sud. Lesquels sont parfois accusés de faire preuve de laxisme et se trouvent, par ailleurs, particulièrement touchés par le virus.

Ces différends sont, malgré tout, adossés à un seul et même objectif: celui d'aider les économies de la zone à sortir "quoiqu'il en coûte" de la crise. Mais Rome ne s'est pas construite en un jour, le rebond de l'industrie française encore moins. D'autant que le tissu productif tricolore demeure assez fragile, bien que l'industrie ait repris des couleurs depuis quelques années.

"Avant la crise du coronavirus, l'industrie française se portait beaucoup mieux, tant en matière d'investissements, que de créations d'emplois et de carnets de commandes. Cela faisait trois ans que les voyants étaient plutôt au vert", rappelle Anaïs Voy-Gillis, docteure en géographie et consultante au sein de June Partners.

"Mais avec beaucoup d'entreprises qui se retrouvent aujourd'hui à l'arrêt", poursuit-elle, "ces dernières ne disposent pas forcément du personnel adéquat pour faire tourner les lignes de production. Certains clients ne commandent plus ou décalent leurs projets dans le temps, induisant une perte importante de chiffres d’affaires. Parfois, les usines sont, certes, en capacité de poursuivre leur activité, mais souffrent de rupture d’approvisionnement pour lancer la production. La tâche est donc difficile. Nombreuses sont les chaînes de production paralysées par la situation".

Tous unis mais chacun pour soi

Car soutenir l'industrie européenne ne s'improvise pas. Et l'éventail de mesures pour permettre aux filières tricolores et plus largement de la zone euro de s'en extraire en limitant les dégâts, ne relève, comme le confirme Anaïs Voy-Gillis, pas de la simple volonté de l'Europe. 

"L'Union européenne n'a pas la compétence de la politique industrielle. La compétence de l'UE ? Elle porte sur le commerce et la concurrence. Elle peut financer des programmes et soutenir les entreprises. Mais au regard du budget européen, c'est plutôt aux États d'apporter une aide aux entreprises. C'est à chaque État de contribuer à sauver son système économique. L’Union européenne est avant tout une histoire de solidarité économique et monétaire. Mais devant les défis à relever à court et long termes, les États doivent également s’unir pour trouver des solutions communes à la crise. Faute de solidarité, c’est l’ensemble de l’édifice européen qui serait fragilisé". 

De fait, les règles budgétaires européennes ayant été levées le temps de la crise, (notamment celle du 3% de déficit et du 60% d'endettement), les États ont aujourd'hui la possibilité d'emprunter des fonds pour mettre en place une palette de mesures pour soutenir leurs entreprises.

"Une palette qui passe, notamment, par le chômage partiel, le cautionnement de dettes, le décalage de charges sociales, des garanties d'emprunts. Mais il est clair qu'au moment de la reprise, la situation se révélera périlleuse pour les entreprises qui seront, alors, dans l'obligation de rembourser leurs dettes et de payer leurs charges", conclut Anaïs Voy-Gillis, pour qui il convient, malgré tout, de demeurer optimiste. "Ça va être compliqué, mais ça va reprendre".

Julie Cohen-Heurton