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Scandale ou jackpot? Le projet d'un entrepôt Amazon dans le Gard sème la discorde

Trois employés d'un vaste entrepôt d'Amazon à New-York ont porté plainte contre leur employeur.

Trois employés d'un vaste entrepôt d'Amazon à New-York ont porté plainte contre leur employeur. - Eric Piermont-AFP

Un projet de centre de tri Amazon près du Pont-du-Gard partage la population entre ceux qui voient les créations d'emplois à la clé et ceux qui s'opposent à la multinationale. Onze recours ont été déposés contre le permis de construire.

"Scandale" pour les uns, "jackpot économique" pour les autres: le projet d'implantation d'un énorme centre de tri Amazon où tourneront plus de 500 camions par jour à proximité du Pont-du-Gard, joyau du patrimoine mondial, divise profondément élus et habitants de cette région touristique.

C'est le long de l'autoroute A9, entre Italie et Espagne, que la société Argan a obtenu fin 2019 le permis de construire de la mairie de Fournès (1.100 habitants) puis l'autorisation environnementale du préfet du Gard pour bâtir un entrepôt de 38.000 m2 sur 14 hectares.

Dans l'enquête publique et les documents officiels, le géant américain du commerce en ligne n'est jamais nommé. Mais aucun doute ne subsiste: c'est bien d'Amazon qu'il est question. 

A l'origine des polémiques, certains habitants de Fournès entendent pour la première fois parler d'un "hangar à camions" fin 2018, explique Patrick Genay, apiculteur et membre du Forum citoyen opposé au projet. "En fait, ça faisait deux ans que les plans circulaient en toute opacité", dénonce-t-il.

"Le projet évoluait en catimini, loin de la population concernée", renchérit Patrick Fertil, de l'association Adere (Association pour le développement de l’emploi dans le respect de l’environnement). 

150 à 200 emplois créés

Du côté de ses partisans, notamment à la préfecture, à la mairie de Fournès ou encore à la Communauté de 17 communes du Pont-du-Gard, on met en avant les 150 à 200 emplois crées et les recettes fiscales qui pourront être engrangées par une intercommunalité qui a perdu la manne de la centrale thermique EDF d'Aramon, fermée en 2016. 

"L'implantation d'Amazon est un jackpot économique qui permettra de retrouver une partie des emplois perdus ces dernières décennies", veut croire Sylvie, 47 ans, habitante d'un village voisin qui préfère taire son nom mais a "déjà préparé son CV". 

"L’emplacement, à proximité de l’A9, permet de limiter fortement les impacts environnementaux, agricoles et paysagers sur les villages alentour", affirme de son côté dans une motion de soutien aux élus de Fournès la Communauté de communes sortante.

Autant d'arguments loin de convaincre des opposants remontés. Au coeur des critiques, les pratiques de la multinationale de Jeff Bezos -fréquemment accusée par ses opposants d'évasion fiscale, de spéculation foncière, ou de fragiliser les commerces locaux et de favoriser des emplois précaires- mais aussi son impact environnemental: destruction de biodiversité, pollution de l'air, sonore et visuelle. 

Les emplois? "Un mirage", accuse Patrick Fertil, assurant que la promesse a fondu au fil des mois de 600 à 150 emplois "précaires". L'impact environnemental? Le projet est "scandaleux", taclaient dans un récent rapport les Amis de la Terre, la confédération des commerçants de France et l'Adere, et il "menace directement les paysages, les sites et le patrimoine, fondements de l’attrait culturel et touristique international du territoire".

Contactée par l'AFP, Argan, qualifiée de "cheval de Troie d'Amazon" ou de "bétonneur XXL" par les opposants au projet, n'a souhaité faire aucun commentaire, ni confirmer l'identité de son client controversé. Amazon n'a pas non plus voulu s'exprimer dans l'immédiat.

A quelques kilomètres du Pont-du-Gard

Equivalent à un immense immeuble de cinq étages, le centre de tri du géant américain est censé sortir de terre à quelques kilomètres à peine du Pont-du-Gard, faisant craindre qu'il ne soit la première et dernière image que verraient ses millions de visiteurs.

Le projet a provoqué localement de vives discordes entre élus mais aussi entre viticulteurs dans cette zone d'AOC Côtes-du-Rhône et l'inquiétude de certains propriétaires et agents immobiliers concernant une possible perte d'attractivité de la très chic et très chère région d'Uzès, située à une vingtaine de kilomètres du site. 

Onze recours ont été déposés contre le permis de construire, a indiqué à l'AFP le tribunal administratif de Nîmes. Une plainte au pénal est également étudiée au tribunal judiciaire de Nîmes concernant de possibles conflits d'intérêt d'élus de Fournès, dont l'ancien et l'actuel édile, sur la vente de terrains. 

Les promoteurs attendent pour leur part que les recours soient "purgés" pour reprendre les travaux interrompus au stade du "débroussaillage". La construction d'un tel entrepôt prend de 10 à 12 mois. 

De leur côté, la Confédération des Commerçants de France, les Amis de la Terre France et l’association Adere ont demandé au gouvernement "un moratoire immédiat sur l’ensemble des projets d’entrepôt du e-commerce et des zones commerciales en périphérie".

Localement, les opposants assurent qu'ils ne "lâcheront rien" face au géant américain alors qu'un projet de "villages de marques" avait déjà été retoqué en 2017 sur le même site gardois.

F.B. avec AFP