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Pourquoi le prix des carottes flambe et pas celui des asperges ou des pommes de terre

Si certains légumes ont vu leur prix augmenter du fait de problèmes d'approvisionnement, d'autres en revanche sont devenus plus abordables car les producteurs français n'ont plus les débouchés de la restauration ou de l'industrie agro-alimentaire.

Les prix alimentaires flambent-ils en grande distribution? Avec des ventes en hausse de 31% depuis le confinement et des difficultés d'approvisionnement, on pourrait s'attendre à une dérive inflationniste dans les grandes surfaces. Et si ce n'est pas le cas pour les produits sur-consommés comme les oeufs, les pâtes, le riz ou le papier toilette, pour le prix des fruits et légumes frais c'est un peu l'inconnu. Les panélistes qui réalisent les relevés de prix dans les magasins ne peuvent plus y accéder avec les règles de distanciation sociales imposées dans les enseignes. 

"Sur les produits avec des codes barre, les données nous arrivent car c'est informatisé, mais pour les produits frais sans code barre, c'est un angle mort pour nous", Daniel Ducrocq, directeur du service distribution chez Nielsen France.

Or, selon Le Parisien, les écarts de prix seraient pourtant assez conséquents. Entre des carottes, des poireaux et des endives dont le prix flambe dans certains magasins. Les premières ont parfois vu leur tarif doubler (de 1,40 euro le kilo à 2,75 euros) tout comme les seconds (1,99 euro à 3,99 euros le kg). La hausse est aussi conséquente pour les endives (de 3 à 4,39 euros le kg).

La France ne produit pas assez de carottes

Comment expliquer une telle hausse. La première raison est évidemment l'approvisionnement en France de nombreuses enseignes depuis le confinement. "De nombreux pays comme l'Espagne, le Portugal ou l'Italie ne peuvent plus autant livrer la grande distribution, explique André Bernard, le président de la Chambre d'agriculture de la région Paca. Or les écarts de salaires et surtout de charges avec ces pays sont parfois colossales."

"A partir du moment où nous avons décidé de donner la priorité aux produits français, plus chers, il y a notamment sur ces produits d'inévitables hausses tarifaires, mais cela fait partie de l'effort collectif national", insiste Jacques Creyssel, le président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD).

On pense évidemment aux fraises aux fraises d'Espagne qui coûtent en moyenne 70% moins cher que les françaises. 

Mais ce n'est pas la seule raison. Chaque produit des problématiques différentes. Ainsi pour les carottes il y aurait aussi un problème d'offre. "Nous arrivons en fin de cycle sur la carotte d'hiver et les carottes primeurs (vendues avec leurs fanes) on en fait plus beaucoup en France, c'est une production très manuelle et très coûteuse, explique André Bernard. 80% viennent d'Italie ou d'Espagne aujourd'hui. Il y a moins d'offre donc les prix augmentent."

En ce qui concerne les endives, c'est la mauvaise récolte qui explique la flambée. Du fait de la sécheresse de la fin d'été, la récolte a baissé de 40% l'année dernière et les prix ont tendance à augmenter. "Mais si vous regardez les prix vous constatez que la flambée avait commencé avant le coronavirus", fait remarquer André Bernard.

La pomme de terre n'a plus la frite

Et si certains prix ont augmenté, ce n'est pas vrai pour tous les fruits et légumes. Au contraire, les pommes, les pommes de terre et les asperges auraient tendance à baisser. La stabilité du prix des pommes s'explique par le fait qu'elles sont récoltées à l'automne et stockées dans des frigos durant des mois avant d'être mis sur les étals de la grande distribution. Les stocks étaient déjà là.

Pour les pommes de terre, c'est la disparition de deux débouchés qui expliquent qu'il n'y a pas de pénurie et donc de hausse de prix. L'industrie agroalimentaire achète normalement une bonne partie de la production pour faire des frites surgelées qu'elle vend ensuite à la restauration. "Avec la fermeture des restaurants, ils se retrouvent avec des stocks sur les bras qu'ils cherchent à écouler", explique André Bernard.

Même chose pour les asperges. Les grosses blanches sont des produits haut de gamme plutôt destinés à la restauration de ville. Sans débouchés, les producteurs français se retournent alors vers les grandes surfaces. "Mais la grande distribution ne sait pas bien les vendre ces asperges blanches, alors ils mettent tout au même prix alors qu'elles coûtent normalement plus cher", assure le président de la Chambre d'agriculture de Paca.

Si les prix des fruits et légumes fluctuent, certains produits comme la viande et le fromage (surtout AOC) risquent de voir leur prix baisser dans les prochaines semaines. Avec le confinement, les éleveurs d'agneaux sont très inquiets à quelques jours de Pâques. "Il y a entre 30 et 70% de volume de ventes en moins", selon Pierrick Caillard, responsable du groupement de producteurs ovins en Vendée interrogé par France Bleu. Les prix devraient être bradés. Même chose pour les fromages AOC qui ont perdu les débouchés de la restauration et que les fromagers peinent à écouler depuis le début du confinement.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco