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Pourquoi la production française d'huile d'olive stagne désespérément

De 2011 à 2016, la production moyenne d'huile d'olive n’a été que de
4 000 tonnes soit une baisse de plus de 20% de la productivité par rapport à la période de 2005 à 2010.

De 2011 à 2016, la production moyenne d'huile d'olive n’a été que de 4 000 tonnes soit une baisse de plus de 20% de la productivité par rapport à la période de 2005 à 2010. - Jorge Guerrero-AFP

La production oléicole française a reculé à 3400 tonnes en 2016-2017, autant qu'en 2000. En cause: le changement climatique, l'absence de méthodes productives et la petite taille des exploitations, selon l'association interprofessionnelle de l'olive.

Alors que la production d'huile d'olive française séduit un nombre croissant de célébrités et d'investisseurs, elle stagne voire recule en quantité. Produite à 65% dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, elle devrait péniblement atteindre 3400 tonnes pour la campagne écoulée 2016-17, selon des chiffres qualifiés de "catastrophiques" dans un récent rapport de l'association interprofessionnelle de l'olive (Afidol). La production française oléicole, à plus de 5600 tonnes en 2015/2016, avait apporté une bouffée d’oxygène à la filière, qui se trouve à nouveau à court de marge de manoeuvre cette année.

"Sur 6 ans, de 2005 à 2010, notre production a été en moyenne de 5200 tonnes. Sur la même durée, de 2011 à 2016, cette même moyenne n’a été que de 4000 tonnes soit une baisse de plus de 20% de la productivité de notre verger" se désole le président Olivier Nesles. C'est "la même quantité qu'en 2000, à un détail près: nous avons, depuis vingt ans, planté 7000 hectares d'oliviers" ajoute-t-il.

Les nouvelles plantations réalisées entre 1998 et 2005 n’arrivent pas à compenser les pertes de production dues à une addition de facteurs: "changement climatique, augmentation de la présence des nuisibles à l’olive (mouches, etc.), augmentation du nombre d’oliveraies bio (moins productives), vieillissement des producteurs..." explique notamment le rapport d'activité.

Pour le président de l'Afidol, "ce sont nos méthodes de production qu'il faut remettre en cause". Il constate que l'oléiculture familiale "ne peut plus être le coeur de la production française".

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- © Afidol-Rapport d'activité 2016

"Est-il normal que depuis trois ans aucun technicien français n’ait été capable de m’expliquer clairement pourquoi des producteurs sont capables de produire tous les ans 700 à 1000 litres/ha alors que la majorité patauge à 200 litres" s'étonne Olivier Nesles. Résultat: alors que la production explose en Espagne, au Maroc et en Tunisie, en France, elle ne représente que 4% de la consommation nationale, estimée à 105.000 tonnes sur les cinq dernières années.

Ces maigres récoltes en France ont entraîné une envolée des prix de l'huile d'olive produite dans l'Hexagone et vendue au consommateur: en moyenne, aux alentours de 27 euros/kg. À ce niveau élevé de prix, la part des huiles françaises au sein des rayons de la grande distribution est extrêmement faible: de l’ordre de 150 tonnes, soit 0,22 % du marché.

La production française face à la bataille de la productivité

Pour le président de l'Afidol, la production française doit gagner la double bataille de la professionnalisation de la production et celle de la productivité. Le seul triplement de cette dernière "permettrait de retrouver des marges tout en freinant l'emballement des prix de vente". 

Sur 35.000 oléiculteurs français, près de 10.000 sont des professionnels, les autres travaillant sur des vergers familiaux. Au dernier recensement agricole disponible, il a été déclaré 17.638 ha de vergers professionnels auxquels il faut ajouter les vergers familiaux, soit un peu plus de 20.000 ha d’oliviers cultivés en France.

Face à cette situation, le président de l'Afidol suggère la restructuration des exploitations qui doivent avoir une taille critique minimale pour être performantes. "À l’échelle française, l’objectif est d’arriver à des exploitations entre 10 et 20 ha qui permettent d’acheter le matériel nécessaire à un travail correct" assure Olivier Nesles, lui même producteur en Provence.

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco