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Plastique ou papier: à quoi ressemblera le vêtement écolo de demain?

Image d'illustration - Le rayon textile d'un hypermarché

Image d'illustration - Le rayon textile d'un hypermarché - BFM Business

La question écologique agite depuis plusieurs années l'industrie de la mode. Aurélie Mossé, enseignante-chercheuse à l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, revient sur les textiles du futur qui s'annoncent plus surprenants qu'attendu.

En matière d'écologie, faut-il privilégier un vêtement 100% coton ou une matière plastique issue du pétrole? Pas si simple… Lors de l'émission sur l'avenir de la fast-fashion, organisée par BFM Business sur Twitch (à revoir ici), l'enseignante-chercheuse à l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratif (EnsAD) Aurélie Mossé a donné quelques indications surprenantes.

"On ne peut pas dire qu'un matériau soit plus durable qu'un autre. Cela dépend beaucoup du contexte, de l'échelle de production", explique-t-elle.

Le coton, aussi naturel ou bio soit-il, consomme par exemple beaucoup d'eau. Bien plus que d'autres fibres naturelles, comme le lin, "qui se cultive très bien sous nos climats", indique Aurélie Mossé.

Le plastique mal-aimé

Et c'est peut-être vers les matières synthétiques qu'il faudrait finalement se tourner. "On fustige souvent les fibres d'origine pétrolière, par exemple le polyester qui est la plus emblématique, indique la chercheuse. Pourtant, elles se recyclent et se surcyclent extrêmement bien. Du moment que le tissu est conçu dans un cycle continu, dans un circuit technique où il ne repart pas dans la nature, on peut vraiment le transformer sur une centaine de cycles."

Certaines marques, comme Hopaal, réalisent, par exemple des vêtements à partir de bouteilles plastique récupérées par les pêcheurs pour en faire des vêtements. D'autres utilisent des vieux vêtements en polyester pour en refaire une nouvelle fibre.

"En revanche, le nettoyage des vêtements est beaucoup plus problématique", prévient Aurélie Mossé. Selon plusieurs ONG, des particules plastiques sont libérées lors des lavages en machine et finissent dans les océans.

Des vêtements jetables?

Alors plutôt qu'une matière recyclable, c'est peut-être vers le biodégradable qu'il faut se pencher. "Des laboratoires, notamment en Angleterre, développent des vêtements à base de papier qui peuvent être portés trois, quatre, cinq fois et qui se dégradent naturellement sous l'effet de l'eau", explique la chercheuse.

Mais qui aimerait porter du papier? "Justement, les gens qui travaillent le papier font en sorte que ça puisse prendre des aspects de cuir, des aspects qui soient assez doux", rassure Aurélie Mossé. Par exemple, la première dame finlandaise arborait en 2018 une robe faite de fibres de bouleau. Conçue par une université près d'Helsinki, elle se différencie de la viscose par l'absence de produits chimiques dans la transformation.

D'autres idées émergent comme l'utilisation du mycélium, appareil végétatif des champignons, pour créer une alternative au cuir. Adidas a ainsi présenté un prototype de sa légendaire Stan Smith avec cette matière.

"Quand on parle de mode écologique, il ne faut pas forcément penser durabilité dans le sens permanence dans le temps, mais plutôt à la logique et à la perdurance du cycle", insiste Aurélie Mossé.

Face au durable, le biodégradable a un avantage de poids. Il représente une parfaite adaptation à la fast-fashion qui promeut le renouvellement permanent de sa garde-robe.

Thomas Leroy Journaliste BFM Business