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Les Français privilégient plus que jamais le train à l'avion

Le trafic des trains à grande vitesse s'est envolé en juillet et août: +7%. Une hausse nettement supérieure aux prévisions de la SNCF. Même pour des temps de trajet dépassant quatre heures, l'avion perd du terrain et devient même parfois minoritaire.

A 100 jours de la fin de son mandat, Guillaume Pepy a le sourire. Les Français n’ont pas boudé le train cet été. Bien au contraire. Les trains ont davantage fait le plein que l’an passé. Le PDG de la SNCF tablait sur une croissance de 3% à 4% pour l'ensemble des trains à grande vitesse et des Intercités. Elle s'est révélée bien plus forte encore: 7% soit 26 millions de voyageurs en deux mois.

Un succès évidemment à mettre au compte de Ouigo. Les passagers plébiscitent l’offre low cost du réseau à grande vitesse. Y compris ceux qui n’ont pas de problèmes de fin de mois, laisse même entendre Guillaume Pepy. La prévision pour l'an prochain -17 millions de passagers contre 11 millions en 2018- sera, selon lui, dépassée. Sur les deux mois d'été, les trains Ouigo ont transporté 3,4 millions de voyageurs.

En rendant le TGV plus abordable, la SNCF a aussi réussi à gagner des parts de marché sur l’avion. Guillaume Pepy y voit aussi un effet "flygskam". La honte de prendre l’avion pour des raisons environnementales n’est de toute évidence pas qu’une mode scandinave.

Les Français sont également sensibles à cette tendance. C’est ce qui ressort d’une étude commandée par la SNCF. Parmi ceux qui voyagent, de plus en plus de Français se disent: "Je ne peux pas défendre des choix personnels de défense de la planète et continuer à m’exclure des choix qui s’imposent".

Même sur des trajets dépassant 4 heures, le train l'emporte sur l'avion 

L’avion ne s’accapare ainsi plus la plus grosse part de marché sur des trajets en train dépassant quatre heures. "Entre Paris et le Pays basque, nous étions challengers, nous ne le sommes plus et pourtant le trajet en train dure 4 heures 20" relève, ravi, Guillaume Pepy.

Idem sur Paris-Perpignan ou Paris-Toulon. Même sur la desserte de Nice, la SNCF commence à sérieusement grignoter un marché dominé jusqu’alors par Air France et easyJet. Parmi les grandes métropoles régionales, il n'y a plus guère que Toulouse -siège d'Airbus- qui fasse de la résistance. Reste que les quatre destinations françaises les plus prisées par les passagers sont celles où le voyage en avion prend, porte à porte, plus de temps: Bordeaux, Avignon, Marseille et Lyon.

Cette montée en puissance du train en France ne risque-t-elle pas de susciter l’appétit de la concurrence? Un sujet pour son successeur dont le nom sera sans doute connu d'ici la fin septembre. Guillaume Pepy lui laisse en tout cas avec OuiGo une arme anticoncurrentielle majeure. "On ne peut pas faire du train à grande vitesse pour moins cher" assure-t-il.

C'est d'ailleurs ce qui conduit la SNCF a vouloir attaquer la Renfe dans ses terres avec des OuiGo, sauce espagnole. En attendant, la forte progression du trafic passagers permet au patron de la SNCF de terminer son mandat sur une bonne nouvelle pour son actionnaire unique, l’État: "Nous ferons mieux que notre engagement sur la réduction de la dette", relève-t-il.

Pierre Kupferman
https://twitter.com/PierreKupferman Pierre Kupferman Rédacteur en chef BFM Éco