BFM Business
Conso

La grippe aviaire rend les œufs plus rares et plus chers

Les aviculteurs, déjà confrontés à la flambée des coûts de production, doivent aussi faire face à l'épizootie de grippe aviaire.

L'omelette sera (un peu) plus chère dans les prochains mois. Pour les producteurs d'œufs, les dégâts de l'épizootie de grippe aviaire sont considérables. Une "situation jamais connue", de l'aveu même de Loïc Coulombel, président du Syndicat national des industriels et professionnels de l’œuf (Snipo). Depuis la résurgence du virus, en début d'année, plus de trois millions de poules pondeuses ont été abattues. Soit un manque de production de 6% pour la filière française.

Contrairement aux vagues précédentes, où le virus s'était concentré dans le Sud-Ouest, c'est cette fois-ci l'ouest du pays qui est le premier concerné: partie de la Vendée, la grippe aviaire s'est étendue aux départements limitrophes des Pays-de-la-Loire. Or, la région est la deuxième productrice d'œufs en France, derrière la Bretagne, et la densité d'élevages y est élevée, facilitant la contamination - des bâtiments distants de plusieurs centaines de mètres peuvent se contaminer l'un et l'autre via les systèmes de ventilation.

Le dernier bilan en date de l'épizootie de grippe aviaire en France par le ministère de l'Agriculture.
Le dernier bilan en date de l'épizootie de grippe aviaire en France par le ministère de l'Agriculture. © Ministère de l'Agriculture

Il manque aujourd'hui 2,5 millions d'œufs, chaque jour, sur une production quotidienne de 42 millions d'œufs dans l'Hexagone. Impossible de se tourner vers les importations: la situation est la même dans les pays voisins. Des abattages massifs de gallinacés ont été aussi réalisés en Allemagne, en Italie ou aux Pays-Bas. De quoi craindre une pénurie? La filière se veut rassurante: il y aura toujours des œufs dans les supermarchés. Seules quelques références pourraient manquer occasionnellement dans les rayons.

Alimentation, énergie, emballages...

"On essaie de satisfaire tous nos clients, même si on ne peut pas le faire pleinement", confirme Patrick Le Grelle, responsable technique chez L'Oeuf Gascon, dont la moitié des oeufs est vendue à la grande distribution.

La production de la PME du Lot-et-Garonne est portée par ses propres 500.000 poules pondeuses, auxquelles il faut ajouter 500.000 autres pondeuses dans des élevages partenaires. L'entreprise a été touchée, pour l'heure, indirectement par l'épizootie.

Certains de ses élevages ont été placés en "zone de surveillance", mise en œuvre par les autorités sanitaires dans un rayon de 10 kilomètres autour d'un élevage infecté. Concrètement, les poules sont confinées à l'intérieur, ou à l'extérieur si elles sont protégées par des filets, et des coûteux protocoles sont imposés aux éleveurs. La PME gasconne a été épargnée jusqu'à présent par les abattages sanitaires, et "je n'ose y penser" si cela devait arriver, avance Patrick Le Grelle, car "ça ne serait pas tenable financièrement".

Car la grippe aviaire n'est pas le seul poids sur le dos des aviculteurs. Conséquence de la reprise économique, et accéléré encore par la guerre en Ukraine, les coûts de production flambent depuis l'été dernier. Les prix de l'alimentation animale, qui représentent au moins 60% du coût de revient d'un œuf, atteignent des sommets. Auxquels il faut ajouter les engrais (les éleveurs produisent souvent une partie de leur alimentation), l'énergie pour chauffer les bâtiments, le carburant pour les camions ou les emballages en carton.

"On s'asphyxie lentement", s'inquiète Patrick Le Grelle. "On a du mal à répercuter la hausse des coûts aussi rapidement à nos clients. Aujourd'hui, il faudrait que nous augmentions nos prix tous les mois voire toutes les semaines", souligne-t-il.

Une hausse des prix "inévitable"

D'autant que la situation ne s'améliorera pas rapidement sur le front sanitaire. Lorsque le virus a été détecté dans un élevage, que toutes les poules ont été abattues et que tous les bâtiments ont été vidés et nettoyés, il faut attendre un vide sanitaire d'une vingtaine de jours. Puis, pour obtenir de nouvelles poules pondeuses, il faut attendre plusieurs mois. "Nous ne pouvons pas sortir quatre millions de poussins du jour au lendemain", note Loïc Coulombel, estimant que le manque de production ne devrait pas se résorber avant l'automne.

Pour le président du Snipo, une hausse des prix dans les magasins est "inévitable" pour permettre à la filière de garder la tête hors de l'eau.

Jérémy Bruno Journaliste BFMTV