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Muguet: les fleuristes prêts à braver l'interdiction d'ouvrir le 1er mai

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- - GAIZKA IROZ / AFP

Ulcérés que le gouvernement permette aux magasins “essentiels” de vendre du muguet mais pas aux fleuristes, des artisans de la fleur prévoient d'ouvrir quand même ce vendredi.

D'ordinaire au pavillon des fleurs de Rungis à cette époque, les allées sont bondées et on discute fort le prix du brin de muguet. Cette année, en pleine crise sanitaire, le pavillon ne vend qu'en drive, les fleuristes viennent moins nombreux, et très très en colère.

Face à leurs fournisseurs, ils s’indignent que le gouvernement leur refuse d'ouvrir le 1er mai pour vendre du muguet, alors qu’il autorise les tabacs et autres commerces dits "essentiels" à en vendre. Ulcérés, ils sont quand même venus en acheter, et se disent prêts à la fronde. 

“Moi je n'enfreins jamais la loi, mais là je vais ouvrir un stand devant ma boutique pour vendre des pots de muguet, sans que les clients rentrent dans le magasin. Tant pis si je prends une amende. Il faudra juste m’expliquer en quoi je fais prendre des risques aux gens, en quoi ils seraient confrontés à plus de promiscuité qu’en allant acheter leurs brins au supermarché ou au tabac”, prévient ainsi l’un d’eux. 

Le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, a en effet prévenu la semaine dernière que les fleuristes n’auraient le droit de vendre du muguet que par livraison ou retrait de commande. En revanche, les vendeurs à la sauvette sont interdits, tout comme l’ouverture des boutiques pour y recevoir des badauds, ou la tenue d’un stand devant son pas de porte. 

“C’est profondément injuste”, estime Gilles Pothier, meilleur ouvrier de France et fleuriste dans 16ème arrondissement de Paris. “Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas vendre quelques pots de muguet préemballés, et on ne nous a donné aucune explication”, déplore-t-il. 

“On ne demande pas un traitement de faveur, mais pourquoi ne pas nous laisser vendre du muguet si on respecte les gestes barrières? Les tabacs en ont le droit, et ils vont les vendre dans des conditions sanitaires moindres que nous ne l’aurions fait”, continue le MOF. "Et puis c'est un mauvais calcul pour l'Etat, parce que si on ouvre, on retire nos salariés du chômage partiel".

Pour Gilles Pothier, dont le magasin a été brûlé l’année dernière par les gilets jaunes, avant de subir les grèves, c’est trop. “Je sais bien que ce n’est pas en ouvrant le 1er mai que je vais rentrer dans mes frais, mais je veux juste travailler”. Puisque de toute façon, 2020 sera une année noire, sans mariage ni évènement. Et si elle est privée de 1er mai, il ne restera à la filière qu'un seul rendez-vous cette année pour espérer faire recette: la fête des mères en juin. 

Nina Godart