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Hausse des prix de l’électricité: les fournisseurs alternatifs pointés du doigt

Selon des informations de RMC, c'est ce matin que la CRE, la commission de régulation des tarifs de l'énergie, va transmettre sa proposition tarifaire au gouvernement, qui aura ensuite trois mois pour se prononcer. Le régulateur devrait maintenir sa proposition de hausse de 5,9%. De nombreux consommateurs pourraient alors se tourner vers les fournisseurs alternatifs, mais certaines associations de consommateurs les accusent d’être en partie responsables de cette hausse.

Engie, Direct Energie (Total), Enercoop... Les fournisseurs d’électricité dit "alternatifs" sont de plus en plus nombreux sur le marché, douze ans après l’ouverture des marchés de l’électricité et du gaz.

Les consommateurs ont désormais le choix entre 29 fournisseurs nationaux d’électricité. De plus en plus de Français quittent les tarifs réglementés et leur opérateur historique. Selon la CRE, 22% des foyers résidentiels ont fait le choix de se tourner vers les offres de marché (chiffres d’octobre 2018).

Une augmentation qui s’explique d’abord par une meilleure information du grand public. En novembre dernier, le baromètre du médiateur national de l’énergie indiquait que 66% des Français avaient désormais connaissance qu’ils pouvaient changer d’opérateur, contre 50% l’année précédente. Selon le médiateur de l’énergie, pour une famille chauffée à l’électricité, on peut économiser en changeant de fournisseur 8% avec une offre en ligne (100 euros sur une facture de 1290 euros), 7% avec une offre classique.

Les responsables de la hausse des prix? 

Selon des informations de RMC, la CRE, la commission de régulation des tarifs de l'énergie, va transmettre sa proposition tarifaire au gouvernement. Et les prix devraient augmenter... La faute aux fournisseurs alternatifs? C’est en tous cas ce que dénonce la CLCV, une association de consommateurs qui déposera un recours devant le Conseil d’Etat si le gouvernement valide la hausse tarifaire réclamée par la CRE.

"La hausse est évidemment d’abord liée aux prix du marché du gros, qui ont très fortement augmenté", explique François Carlier, délégué général de la CLCV, "mais pas seulement. Elle est aussi la conséquence de la multiplication des fournisseurs alternatifs, qui n’ont pas assez investi pour produire eux-mêmes leur électricité. Résultat : ils sont trop nombreux et ont rapidement dépassé le volume total de nucléaire EDF auquel ils ont droit…Ils sont donc obligés d'acheter sur le marché de gros et ne sont plus compétitifs. Cette hausse, c’est pour en sauver certains de la faillite!".

En clair, selon la CLCV, c’est au nom du principe de la concurrence que les tarifs vont augmenter. 

pour Antoine Autier, responsable adjoint du service des études de l’UFC Que Choisir: "il faut surtout blâmer la façon dont la concurrence est organisée: Comme les fournisseurs alternatifs ont de plus en plus de clients, il n’y a plus assez de nucléaire à tarif préférentiel pour tout le monde".

L’ARENH, accès régulé à l'électricité nucléaire historique, est un dispositif permettant aux fournisseurs d'électricité concurrents d'EDF en France de racheter à l'électricien une partie de sa production nucléaire à un tarif de 42 €/MWh, aujourd’hui bien en-deçà des tarifs du marché de gros.

"A partir du moment où les tarifs des alternatifs augmentent, les tarifs réglementés doivent augmenter. C’est la loi qui l’impose. La CRE ne fait qu’appliquer les règles". Pour l’UFC Que Choisir, il suffirait que l’Etat augmente le plafond de nucléaire auquel peuvent avoir les fournisseurs alternatifs pour faire mécaniquement baisser la facture.

Des tarifs en hausse pour tout le monde

Quoi qu’il en soit, la hausse des tarifs réglementés influencera aussi les tarifs des fournisseurs alternatifs. Lorsqu’on veut changer de fournisseur, il faut choisir entre les tarifs réglementés, fixés par l’Etat, et les tarifs de marché déterminés librement par chaque fournisseur. Différentes formules sont proposées: les tarifs de marché peuvent être indexés sur la hausse des tarifs réglementés, ou être fixes pendant une durée déterminée. Pour les consommateurs ayant fait le choix d’un contrat à tarif fixe, la hausse demandée par la CRE n’aura pas d’impact tarifaire.

Pour tous les autres, selon la CLCV, les prix vont augmenter de 100 euros en moyenne par an (pour un ménage qui se chauffe à l'électrique avec 1500 euros de facture annuelle en moyenne). "Il est évident que les fournisseurs alternatifs augmenteront eux aussi leurs tarifs de près de 6%", affirme François Carlier.

Marie Dupin (RMC)