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Des commerçants de plus en plus inquiets pour leur montagne de stocks d'invendus

Les Françaises ont acheté pour 12,7 milliards d'euros de vêtements en 2017.

Les Françaises ont acheté pour 12,7 milliards d'euros de vêtements en 2017. - Philippe Huguen - AFP

Alors que les stocks d'invendus pourraient atteindre des records avec le reconfinement, le gouvernement travaille sur des solutions d'aides aux commerçants touchés. Mais elles devraient être très coûteuses.

"Quinze jours, en cette période, c’est deux mois de chiffre d’affaires perdus!" Le porte-parole de JouéClub, comme nombre de salariés d'enseignes de commerces non-essentiels, s'inquiète pour ses ventes. Et qui dit ventes perdues dit stock d'invendus sur les bras. Particulièrement pour ce reconfinement.

Le précédent confinement de mars avait eu lieu plus tôt dans la saison et de nombreux commerçants avaient pu annuler un certain nombre de commandes, cette fois c'est trop tard. Les magasins de jouets ont par exemple commencé à être livrés fin août et les stocks sont déjà constitués. Et les échéances de paiement vont arriver d'ici la fin du mois de novembre (elles sont de 90 jours après réception des marchandises).

Et dans le jouet comme dans l'habillement et dans de nombreux autres secteurs, les produits sont "périssables". Si vous ne vendez pas les jouets ce Noël, vous risquez de ne plus les vendre du tout. D'abord parce que les modes changent. Ensuite parce que le secteur est soumis à une forte saisonnalité.

Noël est une occasion d'achat particulière, nous vendons des produits spéciaux que nous ne vendons pas le reste de l'année, explique Franck Mathais. Le chalet Playmobil, la console de jeu ou la moto électrique, je ne les vendrai pas dans trois mois. Le ticket d'achat est beaucoup plus élevé à Noël, il est de l'ordre de 50 à 80 euros alors qu'il est à 15 à 30 euros le reste de l'année pour les anniversaires."

Les doudounes de cette année plus vendues l'année prochaine

Et le problème est le même dans d'autres secteurs comme la bijouterie ou le textile.

Bien que partisan d'un reconfinement strict, le cogérant d’Etam Laurent Milchior sait que son enseigne sera très durement touchée.

Si on est confiné un mois, ça nous fait 25 millions d’euros de marchandises invendables, indique-t-il à l'AFP. Ce que vous ne vendez pas, vous allez le vendre en soldes, avec difficulté, s’il y a des contraintes comme un couvre-feu, qui vont réduire l’amplitude horaire."

Et encore plus que dans le jouet, les produits textiles non-vendus cette année ne pourront pas l'être l'année prochaine. "Les doudounes que vous ne vendez pas là, elles ne seront plus à la mode l’année prochaine", détaille Laurent Milchior.

Si le textile pourra toujours écouler certains invendus durant les soldes (s'ils ont lieu), il le fera à prix bradé ce qui fragilisera encore plus un secteur déjà durement touché.

Si les stocks ne sont pas écoulés ou s’ils le sont à faible prix, les commerçants vont générer moins de liquidités et auront moins de trésorerie disponible pour assurer les prochaines saisons", explique Yohann Petiot de l’Alliance du commerce.

Et la solution de retour des invendus aux fournisseurs est difficilement envisageable. D'abord parce que dans de nombreux secteurs comme le jouet, les contrats ne prévoient pas de retours d'invendus. Et surtout, sur le plan légal ces dispositions ne résolvent rien car elles déplacent le problème auprès des fournisseurs qui se retrouvent à leur tour avec des stocks sur les bras.

Dans les faits, on peut certes imaginer la reprise par le fournisseur de produits non alimentaires, explique dans LSA Boris Ruy, avocat chez Fidal spécialisé dans la distribution. Encore faut-il que le fournisseur ait une chance sérieuse de revendre les produits par d’autres canaux de distribution. A défaut, cela reviendrait à faire peser sur le fournisseur le risque d’invendus, ce que la notion de déséquilibre significatif interdit."

Le gouvernement envisage donc une aide financière spécifique pour redonner de l'air aux commerces confrontés au problèmes d'invendus.

Ce lundi sur BFMTV et BFM Business, Bruno Le Maire a assuré qu'il était prêt à "ouvrir un débat sur ce sujet-là pour soulager les commerçants". Et si pour l'heure, Bercy n'a pas encore avancé sur le dossier, ces aides pourraient prendre deux formes: des avances de trésorerie ou des subventions de tout ou partie des stocks d'invendus.

Mais les deux solutions sont compliquées, reconnaît Franck Mathais. La première parce qu'il s'agirait d'avances qu'il faudrait rembourser -ce que certains commerces ne pourraient pas assumer-, la deuxième parce que ça serait extrêmement coûteux pour l'Etat, ça reviendrait à subventionner une bonne partie de l'économie française."

Actuellement, les stocks en magasins pour le seul secteur du jouet équivalent à 1 milliard d'euros.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco