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Les prochaines semaines seront décisives pour le secteur du jouet

Les fabricants de jouets changent peu à peu leurs pratiques

Les fabricants de jouets changent peu à peu leurs pratiques - Photo by Skitterphoto from Pexels

Fermeture des magasins, problème de stocks, risque de pénuries sous le sapin, la filière se prépare à la tempête même en cas de réouverture anticipée.

Le deuxième confinement que nous vivons en France tombe évidemment au pire moment pour l'industrie du jouet. Rappelons que 1,7 milliard d'euros de jouets sont vendus chaque année en France entre novembre et décembre, soit pratiquement la motié du chiffre d'affaires annuel du secteur (3,51 milliards d'euros en 2019, selon les données de la Fédération du jouet).

Si les magasins et les rayons jouets des grandes surfaces restent fermés (77% des points de vente selon le secteur), la filière subira "un manque à gagner de 770 millions d'euros", estime le cabinet d'études NPD. "Certes le "click and collect" et les ventes en ligne restent une option, mais ce ne sera pas suffisant pour répondre à la demande" commente Frédérique Tutt, experte du secteur des jouets au sein de NPD Group.

Et la vente en ligne ne correspond pas vraiment aux habitudes du marché. Le chiffre d'affaires de JouéClub, qui propose livraison et click-and-collect, est ainsi en retrait de 90% par rapport à la même période l'an dernier.

"Internet correspond à une partie des consommateurs mais pas à tous. En boutique, ils peuvent voir les jouets, obtenir des informations dessus, être accompagnés dans leur choix", commente Franck Mathais, porte-parole de l'enseigne.

De quoi comprendre assez facilement la volonté farouche de la filière d'obtenir une réouverture anticipée des magasins (le 13 novembre), le gouvernement ayant promis de réexaminer la situation des commerces après 15 jours de confinement, si la situation sanitaire le permet. Un conseil de défense se tiendra ce jeudi matin.

Un objectif: rouvrir le 13 novembre

Les prochaines semaines s'annoncent donc très délicates pour le secteur.

"Il est indispensable de pouvoir rouvrir", le 13 novembre serait le dernier délai "pour sauver la situation économique et sociale", estime auprès de l'AFP Romain Mulliez, président de l'enseigne PicWicToys. "Les activités saisonnières ne peuvent pas survivre grâce aux aides du gouvernement."

"La bonne solution, c'est de rouvrir tous les commerces, le plus rapidement possible. On ne peut pas passer le mois de décembre avec des magasins fermés. Ce serait un tsunami économique", assure ainsi dans Le Monde le patron du Medef Geoffroy Roux de Bézieux, disposé à ce que la réouverture s'accompagne de mesures "plus strictes".

Sur BFM Business, Anne Besson, la porte-parole de la Fédération française des industriels du jouet (FJP) et patronne de Lego France, propose ainsi de diviser par deux le nombre de personnes en magasins avec 1 personne pour 8 mètre carré contre 4 actuellement et d'élargir les plages horaires.

Le secteur rappelle également que Bruno Le Maire s'est prononcé favorablement à la réouverture en priorité de la branche du jouet. Mais rien n'est décidé et seuls les chiffres liés à la situation dans les hôpitaux feront foi.

Si cette ouverture anticipée doit permettre au secteur de sauver la saison de Noël, elle doit également permettre de remplir les magasins en produits. Les prochaines semaines s'annoncent en effet également délicates en termes de stocks.

Goulot d'étranglement logistique

Car pour les commerçants, il y a urgence. "Avec la fermeture des magasins, ce sont des jouets qui ne peuvent pas être livrés en magasins. 4 millions de jouets par semaine ne peuvent pas être livrés en magasins et donc nous risquons de faire face à une pénurie de jouets sur la saison de Noël", prévient Anne Besson.

Et de poursuivre: "sur les 38 millions de jouets qui sont mis sous le sapin chaque année à Noël, 85% (doivent) être absolument livrés en magasin à la fin novembre".

Il y a donc un vrai problème de disponibilité du jouet", résume Anne Besson.

La FJP estime ainsi que 4 millions de jouets n'ont pas pu être livrés aux distributeurs. 

"Le message que nous voulons faire passer auprès du grand public vise à alerter sur le risque que, sans réouverture dès le 13 novembre prochain des magasins, tous les enfants ne pourront pas avoir de jouets à Noël. Or, le jouet est un produit essentiel pour l'épanouissement, l'apprentissage et le développement des enfants, surtout en cette période de confinement où les activités extra-scolaires sont inaccessibles", poursuit-elle.

Alors que les livraisons sont actuellement suspendues, une réouverture tardive de leurs commerces créera un véritable goulot d'étranglement en termes de logistique, souligne par ailleurs la FJP.

"L'heure est grave pour le secteur du jouet et les répercussions de cette crise devraient avoir un retentissement national, touchant plus particulièrement les acteurs locaux et les petits fabricants hexagonaux", résume NPD Group.

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business