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Comment Sanofi veut éviter les pénuries de médicaments en créant le leader des principes actifs en Europe

Le paracétamol ou encore l'ibuprofène sont essentiellement produits en Chine, laissant craindre une pénurie de médicaments dans un futur proche.

Alors que les laboratoires pharmaceutiques s'interrogent sur leur dépendance à la Chine pour fabriquer les principes actifs des médicaments (60% du paracétamol, 80% de l'insuline par exemple) le groupe français Sanofi va regrouper en une nouvelle entreprise autonome certaines de ses activités européennes dans ces composants, des molécules essentielles entrant dans la composition de tout médicament.

Selon un communiqué publié ce lundi, la nouvelle filiale réunirait 6 des 11 sites de fabrication de principes actifs de Sanofi: Brindisi (Italie), Francfort Chimie (Allemagne), Haverhill (Royaume-Uni), Saint-Aubin-lès-Elbeuf et Vertolaye (France) et Újpest (Hongrie).

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Cette nouvelle entreprise deviendrait, selon Sanofi, numéro deux mondial des principes actifs pharmaceutiques, et pourrait être introduite en Bourse d'ici à 2022. A terme, Sanofi conserverait une participation minoritaire d'environ 30%.

Aujourd'hui, ces six usines proposent quelque 200 principes actifs pour des clients dans 80 pays, dont la Chine, avec un chiffre d'affaires d'environ 900 millions d'euros, en croissance annuelle d'environ 3%.

Un écart de compétitivité qui se réduit

Via cette nouvelle société, Sanofi veut passer à la vitesse supérieure et vise une croissance de 6% dès 2020, pour un chiffre d'affaires annuel d'un milliard d'euros, a expliqué Philippe Luscan, responsable des affaires industrielles du groupe, lors d'un entretien avec l'AFP. 

La nouvelle entité - de 3.100 employés - aura son siège en région parisienne. Sanofi assure que le projet n'aura pas d'impact sur l'emploi, et qu'il restera client sur le long terme de cette nouvelle société.

"L'écart de compétitivité entre l'Asie et l'Europe est en train de se restreindre, fort des mesures environnementales et d'une montée des normes de qualité", ce qui pourrait profiter à cette nouvelle entreprise, estime Philippe Luscan. 

"Un élément de sécurité considérable"

Le sujet de l'approvisionnement en principes actifs fait régulièrement l'objet d'inquiétudes du secteur de la santé, la majorité des sites de production ayant été délocalisés vers des pays asiatiques. 

80% des substances actives utilisées pour des médicaments en Union européenne proviennent de pays tiers, l'Inde et la Chine concentrant à elles seules 60% des sites, rappelle un rapport du Sénat de 2018. 

Dans ces circonstances, "avoir un acteur européen qui produit sur son sol une grande partie du catalogue est un élément de sécurité considérable pour les autorités françaises et européennes", commente Philippe Luscan.

TL, avec AFP