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Comment le numérique bouleverse le marché du vin, de la production à la vente

Les usages du drone sont multiples en viticulture de précision notamment pour contrôler les pieds de vignes manquants.

Les usages du drone sont multiples en viticulture de précision notamment pour contrôler les pieds de vignes manquants. - Chouette - YouTube

Qu'il s'agisse de drones pour la viticulture de précision, du suivi de la qualité du transport de vin par capteurs ou de la livraison express via internet de bonnes bouteilles: le numérique transforme le marché du vin, de la vigne jusqu'au consommateur.

Les outils numériques transforment le business du vin, pour les viticulteurs comme pour les amateurs de bonne bouteille. Au-delà de l'essor de l'e-commerce, "le numérique est un fabuleux terrain de jeu pour les entrepreneurs et les start-up qui sont en train de révolutionner le marché du vin" explique Benoit Léchenault, directeur d'Agrifrance, département de BNP Paribas Wealth Management, spécialisé dans le foncier rural, dont la note de conjoncture 2018 analyse l'impact des nouvelles technologies sur le vin.

En amont, au niveau de la viticulture, la collecte par drone des données sur l'état de la vigne apporte son lot de révolutions potentielles. Il devient possible de mesurer l’état sanitaire d’un vignoble par l’analyse de la teneur en chlorophylle des feuilles grâce à des capteurs d'image haut de gamme. "Près de 20.000 hectares de vigne ont déjà été scannés par des drones" explique le responsable d'Agrifrance.

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- © Les drones concourent au développement de la viticulture de précision-Agrifrance

"Les données récoltées sont ensuite croisées avec les informations disponibles sur le vignoble : analyses de sol, détail des cépages, âge des plantations. Elles permettent aujourd’hui des analyses très pertinentes et aident les viticulteurs dans leurs choix d’intervention comme la fertilisation, le désherbage, la protection des ceps de vigne et même la vendange des raisins à maturité optimale" explique l'étude.

Plusieurs sociétés françaises (Airinov, Chouette, Hawk) proposent des services à la demande d'analyse de leurs vignes aux viticulteurs, ce qui évite à ces derniers d'investir dans les drones. Leur valeur ajoutée réside dans le traitement des données recueillies par la voie des airs.

"Nous procédons à l’analyse des données collectées, qui viennent alimenter le tableau de bord personnalisé de l’exploitation. Le chef de culture peut ainsi croiser des données de topographie, de capteurs météo, avec des indicateurs végétatifs afin, par exemple, de mieux planifier ses travaux de culture ou d’organiser la sélection parcellaire pour les vendanges" explique Olivier Maffrand, président et fondateur de Hawk, dans l'étude d'Agrifrance.

Des capteurs pour surveiller la qualité du transport du vin

Une fois le vin produit et mis en bouteille, il est stocké puis acheminé vers les consommateurs. Encore faut-il qu'il ne soit pas altéré pendant ces opérations avant d'arriver sur la table du client. Créée il y a 10 ans, la société franco-américaine eProvenance offre des services de suivi qualité des vins lors du transport et du stockage grâce à des capteurs.

Ses "mouchards électroniques", en accord avec les clients et les transporteurs, sont "apposés sur des caisses, palettes ou conteneurs, et enregistrent la température, l’hygrométrie et/ou la géolocalisation des vins de leur sortie du chai jusqu’à leur arrivée chez le client" explique Eric E.Vogt, fondateur et PDG de la société.

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- © En France, la vente en ligne de vins arrive à maturité, elle devrait représenter 1,4 milliards d’euros en 2017, soit 9,4% des ventes de vin.

Comme pour les données recueillies par drone, c'est aussi le traitement des informations en provenance de ces capteurs qui représente la valeur ajoutée du service. Elles sont analysées et permettent d’évaluer les conditions de transport en fonction d’un score (note sur 100). "Le système produit des données exploitables pour l’assurance des marchandises et l’amélioration de la qualité dans la chaîne d’approvisionnement" explique le dirigeant d'eProvenance. "Depuis dix ans, nous travaillons avec les plus grands domaines du Bordelais, de la Bourgogne ou de la Champagne. Nous avons enregistré et analysé des millions de données dans 65 pays" souligne-t-il.

Enfin, sur le créneau de la vente en ligne de vins, fort de plus de 400 sites internet marchand en France, certains innovent en choisissant des niches de marché. C'est le cas de la start-up française Kol qui effectue la livraison express de bouteilles sur Paris (et Londres), via une centaine de livreurs indépendants, commandées via son application mobile. Sur Paris, elles sont stockées à température de dégustation dans trois entrepôts parisiens, pour être livrées en moins de 30 minutes du mardi au dimanche, dans la capitale.

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La start-up travaille en direct avec de nombreux domaines viticoles, permettant à des vignerons indépendants de vendre leur production directement sur la plateforme. Fort d’une première levée de fonds de 650.000 euros réalisée en décembre 2016, Kol finalise actuellement sa deuxième levée de fonds d’un montant de 1 million d’euros.

Le marché de la vente en ligne de vins étant déjà très concurrentiel, Kol affronte sur son créneau parisien des géants comme le nouveau tandem Amazon-Monoprix ou des sites marchands spécialisés comme Lavinia, qui fait de la livraison express (le jour même) sur Paris. "Amazon avec sa logistique irréprochable dicte un modèle que les acteurs de la vente de vin en ligne tentent de copier" rappelle l'étude d'Agrifrance.

Frédéric Bergé