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Attention au "made in France washing"

Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, défend le "made in France" en posant en marinière sur la couverture du Parisien magazine.

Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, défend le "made in France" en posant en marinière sur la couverture du Parisien magazine. - -

Alors que les consommateurs sont de plus en plus sensibles à favoriser la production française, les entreprises surfent sur la vague. Mais l'étiquette "made in France" recouvre des pratiques très différentes.

Le label "France" ne convainc pas Carlos Ghosn. Le patron de l'alliance Renault Nissan a déclaré, mardi 28 mai, qu'il ne croyait pas qu'un tampon "made in France" sur ses véhicules serait "sur le plan du marketing", "très efficace". Un avis apparemment peu partagé, à voir comment fleurissent les sites internet et les livres dédiés à ceux qui veulent acheter et produire français.

100% made in France, Le Made in France, Madine France, A Little Market, Mes Achats français, etc., constatent l'engouement des consommateurs pour les produits locaux. Chez 100% made in France, créé en 2009, les visites ont doublé depuis 2012. Certains mettent ainsi en garde contre le "Made in France washing", à l'image du "Green Washing" : un procédé marketing destiné à se donner une image de patriote économique sans réellement favoriser la production locale.

Le Label Origine France, créé en mai 2011, devrait permettre de faire la différence entre les industriels vertueux et ceux qui surfent sur la vague. Mais pour Morgan Griffon, de 100% Made in France, ses critères ne vont pas assez loin.

Le label "Origine France Garantie" ne suffit pas

Les industriels peuvent l'obtenir quand une partie de la production est réalisée en France, et qu'au moins la moitié du prix à la sortie d'usine est acquise en France. Mais ce mode de calcul peut induire en erreur : de nombreuses heures de travail en Chine peuvent être compensées par quelques heures en France, où le coût du travail est plus élevé.

En outre, l'appellation "made in France" ne tient pas compte des différences entre secteurs, regrette Morgan Griffon. "Dans la téléphonie ou l'informatique, certaines matières premières essentielles n'existent tout simplement en France", explique-t-il. Tandis que dans l'agro-alimentaire par exemple, les producteurs peuvent choisir les ingrédients de base. Le représentant du 100% made in France estime ainsi qu'il faudrait récompenser les entreprises qui choisissent leur fournisseur "en escargot", en prospectant d'abord au plus près géographiquement.

Pour Morgan Griffon, il faut que le gouvernement se saisisse du problème et peaufine son label. En attendant, les consommateurs peuvent acheter de vrais produits locaux en faisant simplement preuve de bon sens. Au supermarché, un article produit en France sera "forcément plus cher" que les autres. Il faut également se méfier des abricots dont l'étiquette renvoie à une société basée à Lille, et du vin de Bordeaux produit en Alsace…

Nina Godart