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Carlos Ghosn déplore de nouveau que l'État français l'ait abandonné

Carlos Ghosn invité de "Ruth Elkrief, le rendez-vous" diffusé le 7 novembre 2020

Carlos Ghosn invité de "Ruth Elkrief, le rendez-vous" diffusé le 7 novembre 2020 - BFMTV

Carlos Ghosn publie cette semaine Le Temps de la Vérité, un livre pour expliquer sa version de l'affaire qui l'a conduit à être interpellé et incarcéré au Japon. Ruth Elkrief l'a rencontré depuis Beyrouth.

Carlos Ghosn règle ses comptes dans un livre comme il l'avait promis au printemps dernier. L'homme d'affaires, exilé à Beyrouth, au Liban, depuis son évasion rocambolesque du Japon en décembre 2019, publie cette semaine chez Grasset Le Temps de la Vérité.

L'ouvrage, coécrit avec le journaliste français Philippe Ries, contiendrait des révélations sur les collusions entre Nissan, la justice japonaise et l'État français. L'ex dirigeant de l'Alliance Renault Nissan Mitsubishi considère avant tout avoir été "abandonné" par les autorités françaises.

"C'était une politique d'abandon. Ça me touche. Si j'avais été sacrifié pour la bonne cause, soit, mais quand je vois le désastre de l'Alliance... Renault et les intérêts français ont été abandonnés", accuse Carlos Ghosn, invité de Ruth Elkrief, le rendez-vous, un entretien réalisé à Beyrouth et diffusé ce samedi.

Lâché par l'État, mais soutenu par Nicolas Sarkozy

Il reste seulement reconnaissant envers Nicolas Sarkozy, un "homme remarquable que je respecte". "C'est le seul politique à avoir soutenu mon épouse et être venu me voir", dit-il. Au cours de notre interview, il ne prononcera d'ailleurs le nom d'aucun membre de l'actuel gouvernement français, ni du président de la République.

L'ancien dirigeant franco-libanais revient également sur sa spectaculaire évasion, qu'il juge incontournable.

"Quand on parle de la justice japonaise, c'est un malentendu. Si j'étais en Corée du Nord, je sais que je perdrais à tous les coups, mais au Japon, on ne s'y attend pas. Leur système judiciaire est déconnecté, ce n'est pas celui qu'on attend d'une soi-disant grande puissance économique", déplore Carlos Ghosn.

Il ajoute: "Que l'on soit innocent ou coupable, peu importe pour le procureur qui doit gagner pour sauver sa carrière. C'était cuisiné d'avance, j'étais sûr de ma condamnation. Je suis arrivé à la conclusion qu'il fallait partir."

"Je ne veux pas mettre en danger les gens qui m'ont aidé"

Sur son évasion, il ne dira rien. A-t-il vraiment fui dans une malle d'instrument de musique avec l'aide de quelques barbouzes? Il ne dément pas, mais le livre n'aborde pas ce point. Il confie seulement que la préparation de cette opération a duré des mois dans le plus grand secret.

"Je ne veux pas mettre en danger les gens qui m'ont aidé. Je les protège par le silence", explique l'homme d'affaires. Quant au coût de l'évasion, "ce n'est pas la question, mais je sais que je suis privilégié. Pour les étrangers, c'est atroce, que ce soit pour un joint ou un problème avec une épouse japonaise".

Objectif: sauver son honneur

Le livre de Carlos Ghosn n'est pas un réglement de compte. C'est une "plaidoirie" pour sauver son honneur, jure-t-il. "Je n'oublie pas, mais je suis dans un autre contexte. Je veux passer du temps avec ma famille et les quelques amis qui me restent. Mais je ne suis pas amnésique", avertit-il.

Cette plaidoirie ne se fera pas toutefois devant le tribunal de Tokyo qui jugera Greg Kelly, ancien dirigeant américain de Nissan, resté au Japon. "Il n'a qu'une accusation qui est de complicité pour un salaire, le sien, non payé. Ça fait deux ans qu'il est retenu au Japon. Il sera jugé dans un an, puis il y aura un appel", rappelle Carlos Ghosn. "Je pense tout le temps à lui ainsi qu'aux milliers de Japonais qui sont broyés par ce système."

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco