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Capacités, effectifs… La Cour des comptes appelle à "mieux armer" le secteur des soins critiques

Dans le service de réanimation de l'hôpital de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, le 24 septembre 2020

Dans le service de réanimation de l'hôpital de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, le 24 septembre 2020 - Lara BALAIS © 2019 AFP

Dans son rapport annuel, la Cour préconise de prendre en compte le vieillissement de la population pour évaluer les besoins de lits en soins critiques. Et met en garde contre le manque d'effectifs dans ce secteur.

Un secteur "mal préparé à affronter la crise". Telle est la conclusion de la Cour des comptes qui appelle un an après le début de l’épidémie de Covid-19 à "mieux armer" le secteur des soins critiques (réanimation, la surveillance continue et soins intensifs) en France, dans son rapport annuel dévoilé ce jeudi.

Les Sages rappellent notamment que le nombre de lits de réanimation n’a augmenté "que de 0,17% par an" depuis 2013, "soit 10 fois moins que les effectifs de personnes âgées qui représentent les deux tiers des malades hospitalisés dans ce secteur". Résultat, le taux d’équipement en lits de réanimation en France est passé de 44 pour 100.000 habitants de plus de 65 ans il y a huit ans à 37 pour 100.000 habitants aujourd’hui. Si le ratio observé en 2013 avait été conservé, l’Hexagone aurait disposé de 5949 lits de réanimation au début de la crise, au lieu de 5080.

La Cour des comptes recommande dès lors "d’évaluer l’impact du vieillissement de la population sur les besoins d’hospitalisation en soins critiques à long terme et augmenter l’offre en conséquence".

Tensions des ressources humaines et modèle de financement à revoir

Au-delà des capacités d’accueil, la Cour pointe la "fragilité structurelle des ressources humaines" avec des "pénuries" d’anesthésistes-réanimateurs et de réanimateurs médicaux. Et "la crise sanitaire n’a pas conduit les autorités à modifier sensiblement ces effectifs", relève-t-elle. Quant aux 28.000 infirmier(e)s exerçant en soins critiques, le turn-over de la profession estimé à 24% en 2015 ne cesse de s’accélérer et témoigne de la difficulté à fidéliser ces effectifs.

Enfin, le rapport de la Cour des comptes remet en cause les choix de financement "qui on fait de la réanimation une activité structurellement déficitaire". Sous l’effet des baisses de tarifs et d’une augmentation parallèle des charges (un séjour en réanimation représentait une charge moyenne de 1848 euros par jour d’hospitalisation en 2018, contre 1691 euros en 2014), le déficit moyen d’un lit en réanimation est aujourd’hui de 115.000 euros par an. Or, "les baisses tarifaires conduisent à s’interroger", assurent les Sages alors que "la réanimation est une activité hospitalière qui ne dispose d’aucune alternative pour les patients qui en relèvent".

Surtout, "les taux d’occupation de ces unités sont déjà supérieurs aux recommandations des sociétés savantes, sachant que les durées de séjour y sont en réduction", indique la Cour. Avant d’expliquer que "cette situation laisse peu de marge de manœuvre aux gestionnaires hospitaliers" et "n’est pas favorable au développement de l’activité".

Doublement des lits de réanimation en avril

La Cour des comptes salue malgré tout une "mobilisation inédite" du secteur des soins critiques pendant la crise qui s’est toutefois fait au prix d’une déprogrammation de nombreuses opérations non urgentes.

Ainsi, la France comptait 19.580 lits de soins critiques dont plus de 5000 en réanimation fin 2019. La déprogrammation des soins a permis de doubler les capacités à plus de 10.700 lits mi-avril 2020 et de mobiliser des médecins et infirmier(e)s concernés par cette même déprogrammation.

Reste que "l’impact de cette dernière sur la santé publique, aujourd’hui inconnu, est potentiellement lourd", tout comme les transferts de patients, met en garde la Cour des comptes qui appelle à évaluer dans le temps les conséquences de ces décisions.

https://twitter.com/paul_louis_ Paul Louis Journaliste BFM Eco