BFM Business

Bien-être animal: les professionnels de la fourrure dénoncent "l'hypocrisie" de Kering

Le géant du luxe français a annoncé la fin de la fourrure animale dans ses collections. Une prise de position critiquée par les professionnels français de la fourrure qui accusent le groupe d'avoir cédé "aux pressions des organisations animalistes".

Le "sens de l'histoire". Voilà comment François-Henri Pinault, PDG du géant du luxe français Kering, a justifié la fin de la fourrure pour toutes les collections de ses marques, de Saint Laurent à Balenciaga. "C’est un processus qui s’inscrit dans nos engagements en faveur du bien-être animal. Il a démarré en 2017, avec notamment la décision de Gucci d’arrêter la fourrure" a-t-il expliqué au Figaro.

Jusqu'à présent seuls Brioni et Saint Laurent n'avaient pas franchi le pas chez Kering. Ce sera donc chose faite en 2022 et ces marques rejoindront ainsi d'autres grandes griffes du monde entier comme Chanel, Armani ou Burberry.

Si la décision a réjoui les associations, elle a fait bondir les professionnels français de la fourrure, qui se sont fendus d'un communiqué acide contre Kering. Pour La Fourrure Française (ex-Centre National d’Information sur la Fourrure), l'annonce ressemble à une trahison.

Cuir, crocodile, python...

"En annonçant par surprise son intention d’arrêter l’utilisation de la fourrure, le groupe Kering s’engage dans la voie des interdictions des matières naturelles animales et démontre son manque de résistance face aux pressions des organisations animalistes" critique le lobby dans un communiqué.

Et de dénoncer "une hypocrisie évidente de la part d’un groupe qui possède, en France et dans le reste du monde, des tanneries de peaux exotiques (crocodiles, pythons …) et utilise, à juste titre, toutes les autres matières naturelles animales comme le cuir ou la laine".

Pour les professionnels, Kering avait d'ailleurs confirmé l'année dernière son souhait de maintenir ses approvisionnements en fourrure. Un "coup de communication et marketing" dénonce le communiqué, "alors que la campagne présidentielle française s’ouvre avec une radicalisation des mouvements animalistes et décroissants".

"Un fleuron de la production de peaux précieuses"

La fédération de la fourrure n'a visiblement pas de mots assez durs pour évoquer cette "capitulation" de Kering alors que le groupe s'était impliqué dans le programme Furmark, une "certification mondiale de bientraitance animale", comme le souligne le président de la fédération internationale de la fourrure au site spécialisé WWD.

Au Figaro, François-Henri Pinault a néanmoins souligné que la question du cuir est "différente de celle de la fourrure" car les animaux sont élevés avant tout pour leur viande. Le patron précise néanmoins que son groupe doit néanmoins réfléchir à une alternative".

Reste la question des peaux exotiques comme celles du crocodile ou du python que les groupes de luxe continuent de travailler. Kering avait ainsi racheté France Croco en 2013 et investi massivement pour en faire "un fleuron de la production de peaux précieuses en France". Mais face aux pressions des associations qui dénoncent les maltraitances dans les fermes australiennes et américaines, certaines marques comme Chanel ont déjà franchi le pas: en 2018, le groupe avait renoncé à ces matières.

Thomas Leroy Journaliste BFM Business