BFM Business

4 touristes vont passer 3 jours dans l'espace: le premier vol touristique de SpaceX décolle demain

Après Richard Branson et Jeff Bezos, Elon Musk va à son tour lancer une fusée dans l'espace avec des civils à son bord. Un vol qui va durer trois jours marque la première étape de la démocratisation du tourisme spatial.

550. C'est le nombre exact d'êtres humains qui sont allés dans l'espace dans l'histoire de l'humanité. Ils seront -si tout se passe bien- quatre de plus ce mercredi. C'est ce 15 septembre à 20 heures (2 heures du matin heure française) que SpaceX va à son tour se lancer dans le tourisme spatial.

Une fusée de la société d'Elon Musk doit propulser quatre passagers qui passeront trois jours dans l'espace, une mission très ambitieuse qui sera la première de l'Histoire à n'envoyer en orbite que de complets novices, sans aucun astronaute professionnel.

Baptisée Inspiration4, cette mission doit conclure un été marqué par l'envol de milliardaires au-dessus de l'ultime frontière: d'abord Richard Branson le 11 juillet, à bord du vaisseau de Virgin Galactic, puis quelques jours plus tard Jeff Bezos, avec sa société Blue Origin.

La mission n'a rien à voir avec l'expérience de seulement quelques minutes proposée par Virgin Galactic et Blue Origin. Cette fois, il s'agit d'aller voler plus loin que la Station spatiale internationale (ISS) et rester 3 jours dans l'espace.

La société d'Elon Musk a déjà transporté pas moins de dix astronautes vers l'ISS pour le compte de la Nasa. Mais ils seront les premiers passagers privés à monter dans la capsule Dragon, lancée par la fusée Falcon 9. La capsule et le lanceur seront les mêmes que ceux utilisés par Thomas Pesquet et son équipage le 23 avril dernier.

La capsule Crew Dragon avec Thomas Pesquet.
La capsule Crew Dragon avec Thomas Pesquet. © SpaceX

Les astronautes vont passer trois jours dans l'espace à bord de la capsule Crew Dragon. Alors que Richard Branson avait atteint 80 km d'altitude et Jeff Bezos 107 km, le vol de SpaceX sera à une orbite bien plus grande, supérieure encore à celle de la station ISS. C'est aux alentours de 540 km d'altitude que les quatres astronautes orbiteront, une distance qui n'avait plus été atteinte depuis la dernière mission de maintenance du satellite Hubbble en 2009. Au terme de ces trois jours en orbite, les astronautes devraient amerrir dans l'océan Atlantique au large des côtes de la Floride.

D'où va décoller la fusée?

Le décollage est prévu pour mercredi à partir de 20 heures sur la côte Est américaine. Une autre opportunité de lancement est planifiée jeudi si les conditions météo l'imposent. Les passagers décolleront depuis la mythique aire de lancement 39A, au Kennedy Center de la Nasa, en Floride, d'où décollèrent les missions Apollo vers la Lune.

Qui sont les quatre personnes qui vont s'envoler?

Il s'agira d'un vol totalement automatisé. Les passagers ne devraient pas toucher les instruments de pilotage.

Le touriste milliardaire de SpaceX se nommera pour sa part Jared Isaacman, Américain de 38 ans, patron d'une entreprise de services financiers et pilote aguerri. Il sera le capitaine lors du voyage.

Mais lui n'a pas fondé l'entreprise lui permettant de faire le voyage. Il en loue simplement les services, pour un prix qui n'a pas été dévoilé mais qui se compte en dizaines de millions de dollars.

"Le risque n'est pas de zéro", reconnaît Jared Isaacman dans l'un des épisodes du documentaire diffusé par Netflix sur la mission. "Vous voyagez dans un vaisseau à 28.000 km/h autour du globe. Ce genre d'environnement est associé à un certain risque."

Les trois autres astronautes sont des anonymes sélectionnés via une publicité projetée durant la mi-temps du Super Bowl, le plus grand événement sportif américain. Chaque siège doit incarner une valeur.

L'"espoir" est incarné par Hayley Arceneaux, rescapée d'un cancer pédiatrique. Assitante médicale de 29 ans, elle sera la première personne avec une prothèse à se rendre dans l'espace. Dans un documentaire Netflix consacré à l'expédition, elle assure qu'elle ne connaît rien à cet univers.

"Est-ce qu'on va aller sur la Lune?", a-t-elle demandé lorsque l'opportunité lui a été présentée. Et après avoir découvert que non: "apparemment, on n'y a pas été depuis des décennies! C'est une chose que j'ai appris", rit-elle dans le documentaire.

La "générosité" est incarnée par Chris Sembroski, 42 ans, un ancien de l'armée de l'Air américaine qui travaille désormais dans l'industrie aéronautique.

Le dernier siège représente la "prospérité" et a été offert à Sian Proctor, une professeure de sciences de la Terre de 51 ans qui a failli, en 2009, devenir astronaute pour la Nasa. Elle sera seulement la quatrième femme Afro-Américaine à aller dans l'espace.

Quelle préparation?

L'équipage s'est entraîné depuis plusieurs mois. Ils ont expérimenté la force g à laquelle ils seront exposés grâce à une centrifugeuse. A bord de vols paraboliques, ils ont pu goûter à une sensation d'apesanteur. Ils ont aussi effectué un trek dans la neige en haute altitude sur le Mont Rainier, dans le Nord-Ouest des Etats-Unis.

Enfin, ils ont passé du temps dans les locaux de SpaceX, même si le vol devrait normalement rester entièrement automatisé.

Durant les trois jours en orbite, leur sommeil, leur rythme cardiaque, leur sang ou encore leurs capacités cognitives seront analysés. Des tests seront effectués avant et après le vol, pour étudier l'effet du voyage sur leur corps.

L'idée est d'accumuler des données pour les futurs passagers privés. Car le but affiché de la mission est d'ouvrir les portes de l'espace à un plus grand nombre - bien que celles-ci ne restent pour le moment qu'entre-ouvertes pour quelques privilégiés.

"Dans toute l'histoire de l'humanité, moins de 600 êtres humains ont atteint l'espace", a rappelé Jared Isaacman dans un communiqué le mois dernier. "Nous sommes fiers que notre vol puisse aider tous ceux qui voleront après nous."
Frédéric Bianchi avec AFP