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Covid-19: au CHU de Nice, 30% des malades en réanimation ont un faux pass sanitaire

Parmi ces patients, certains regrettent leur choix, mais d'autres persistent, assurant parfois, même en réanimation, que le Covid-19 n'existe pas.

Il circule actuellement en France 110.000 faux pass sanitaires, a appris l'AFP jeudi auprès de l'entourage du ministre de l'Intérieur. Un chiffre impressionnant qui atteint des proportions importantes dans certains endroits. Ainsi, au CHU de Nice et à l'hôpital d'Antibes, 30% des patients aujourd'hui hospitalisés en réanimation pour Covid-19 ont utilisé de faux pass sanitaires, confirme sur notre antenne ce jeudi Carole Ichai, cheffe du service de réanimation au CHU de Nice.

Selon ses observations, "en général ce sont plutôt des antivax qui s'assument plus ou moins bien, et qui peuvent regretter" leur choix.

Ceux qui "regrettent" et ceux qui "persistent"

Parmi ceux qui ont utilisé un faux pass sanitaire, "il y a plusieurs types de patients, il y en a qui ne regrettent absolument pas et qui persistent, ceux qui ne sont pas vaccinés qui continuent à l'assumer même s'ils sont en réanimation", déclare Carole Ichai. D'autres "le regrettent quand même".

Dans la première catégorie, certains patients dans des états assez graves pour être amenés en réanimation continuent tout de même de rejeter la possibilité d'être infectés par le Covid-19. Ils "ne veulent pas se laisser soigner parce qu'ils estiment que ce n'est pas vrai, qu'on ne doit pas les intuber", raconte la médecin. Certains "nous traitent même de menteurs, [pensant] qu'on leur dit qu'ils ont le Covid alors qu'ils ne l'ont pas".

Pour elle, le chiffre de 110.000 faux pass sanitaires en circulation est "non seulement crédible mais je pense qu'il est sous-estimé. On commence à peine à prendre conscience [de cette problématique], donc maintenant on se méfie", mais "peut-être que les gens vont se dévoiler plus facilement maintenant".

"Il faut leur faire comprendre qu'ils mettent en danger les leurs"

Des condamnations à de la prison avec sursis "et parfois de la prison ferme" ont déjà été prononcées pour des utilisateurs de faux pass, a déclaré le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin sur France 2, soulignant que la peine encourue pouvait aller jusqu'à 5 ans de détention. Le ministre de l'Intérieur s'est d'autre part dit favorable à l'abandon des poursuites à l'encontre des personnes détentrices d'un faux pass et qui souhaiteraient se mettre en règle.

"Je pense qu'il ne faut pas leur fermer la porte. Il faut leur fait comprendre qu'ils mettent en danger les leurs et toute la population, c'est cela qui est grave", déclare Carole Ichai.

Une femme de 57 ans qui s'était procuré un faux certificat de vaccination est ainsi décédée du Covid-19 à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine), avait indiqué vendredi Djillali Annane, chef du service de réanimation de l'établissement. Il avait alors rappelé qu'un faux certificat de vaccination "ne protège pas contre le virus et peut aiguiller faussement le médecin qui vous prend en charge".

"La prise en charge n'est pas la même"

Outre l'infraction que représente la possession d'un pass sanitaire, il est en effet important de le faire savoir à l'hôpital car "la prise en charge n'est pas la même", a rappelé le ministre de la Santé Olivier Véran mercredi. "Si vous disposez d'un faux pass sanitaire ou si vous faites croire que vous avez été vacciné, lorsque vous arrivez à l'hôpital parce que vous êtes malade, dites-le tout de suite".

"Il y a quand même des précautions à prendre, des thérapeutiques alternatives qu'on ne fait pas sur d'autres patients, donc évidemment il peut y avoir une mauvaise prise en charge", abonde Carole Ichai.

La cheffe du service de réanimation au CHU de Nice ne nie pas que ces patients à faux pass sanitaire déclenchent "de la colère", chez le personnel soignant. "On est en situation de crise pandémique très importante avec de grosses difficultés, tout le monde est très très fatigué', donc il y a une colère", mais "après nous sommes des professionnels, on a fait le serment d'Hippocrate et le personnel soignant est là malgré tout."

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV