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Waze, Coyote... pourquoi vous ne pourrez plus signaler certains contrôles à partir du 1er novembre

A partir du 1er novembre, il ne sera plus forcément possible de signaler la présence des forces de l'ordre sur les applications type Waze ou Coyote. Mais dans un cadre bien précis. Explications.

C'est une habitude prise par de nombreux conducteurs: signaler la présence des forces de l'ordre sur les applications type Waze ou Coyote. Mais cela ne sera plus forcément possible, dans certains cas bien précis, à partir du 1er novembre 2021.

A l'origine de ce changement, un décret publié au Journal officiel le 19 avril dernier et qui avait déjà suscité son lot d'inquiétudes, notamment de la part d'associations d'automobilistes. Certaines y voient le début d'une interdiction totale de signaler ces contrôles.

Un cadre bien délimité

Le nouveau cadre est pourtant bien délimité et assez clair. Sur décision du préfet ou du ministre de l'Intérieur, le signalement des forces de l'ordre ne sera plus possible sur une zone précise appelée "zone blanche" pour une période courte. Cette mesure vise en effet à ne pas permettre de signaler les contrôles d'alcoolémie, de stupéfiants ou encore en cas de personnes recherchées suite à une attaque terroriste et d'enlèvement.

Ne seront concernées que les routes départementales et communales, avec deux heures maximum d'interdiction des signalements pour les contrôles d'alcool et de stupéfiants, douze heures en cas d'enlèvement ou d'attaque terroriste. En agglomération, le rayon maximal de la "zone blanche" sera de 2 kilomètres, et de 10 kilomètres hors-agglomération.

Précision importante: l'utilisateur ne sera pas vraiment informé de l'impossibilité de signaler. La fonction ne sera pas désactivée, il sera donc bien possible sur Waze par exemple de cliquer sur le bouton "présence de policiers" mais ce signalement ne sera pas visible des autres utilisateurs.

"Les usagers pourront continuer de signaler la présence des forces de l'ordre, sans qu'une sanction ne soit encourue, mais l'information ne sera pas répercutée à la communauté des utilisateurs de ces dispositifs", résumait un communiqué du ministère de l'Intérieur diffusé le 22 avril dernier.

Les contrôles de vitesse pas concernés

Les signalements de contrôle de vitesse ne sont donc pas concernés, le cas des contrôles à la jumelle n'étant pas mentionné parmi les situations où des zones blanches peuvent être demandées par les préfets.

L'occasion d'ailleurs de rappeler qu'il n'est de toutes façons plus possible de signaler la présence d'un radar fixe ou mobile en France depuis 2012. Il existait avant un bouton de signalement spécifique, qui reste d'ailleurs actif dans d'autres pays comme l'Espagne.

En France, la loi est en quelques sortes contournée depuis cette date, avec sur Waze par exemple des signalements de policiers à l'emplacement des radars. Sur Coyote et d'autres services d'assistants de conduite, une alerte est envoyée à proximité des "zones de danger", qui encadrent les radars fixes.

Les réseaux sociaux comme alternatives?

Le problème principal de cette interdiction des signalements serait finalement qu'elle est assez mal comprise. Fin août dernier, L'Est Républicain organisait par exemple un sondage en ligne intitulé: "Le signalement des radars et contrôles de vitesse sera interdit sur les applications de navigation (Waze, Coyote…) dès le 1er novembre. Approuvez-vous cette décision?", alors que, encore une fois, radars et contrôles de vitesse ne sont pas concernés.

Autre risque évoqué par des associations, celui de voir les automobilistes s'informer via les réseaux sociaux ou des sites internet dédiés aux signalements de contrôles de police:

"Problème, en créant un dispositif d'interdiction des signalements, on incite certains automobilistes à contourner ce type de plateformes pour aller vers de nouvelles plateformes qu'on ne contrôle pas, et qui resteront légales puisque le tribunal a déclaré comme légale la communication entre les usagers. Donc on risque d'avoir des usagers qui pianotent sur leurs téléphones pour avertir d'autres usagers, cela va rendre le système extrêmement dangereux sur la route, on va se retrouver avec des gens qui vont vouloir contourner les applications connectées, qui vont allumer leur smartphone, qui vont créer des groupes sur Facebook... et automobiliste sur un smartphone ça ne fait jamais bon ménage", explique sur BFMTV Pierre Chasseray, délégué général de l'association 40 millions d'automobilistes.

Comme l'interdiction ne concernera pas les contrôles de vitesse (radars et forces de l'ordre avec des jumelles), cet argument reste toutefois difficile à défendre.

Les sanctions liées à l'usage du téléphone au volant ont par ailleurs été renforcé récemment: vous risquez un retrait de 3 points et 135 euros d'amende. Et, depuis 2020, utiliser son téléphone en conduisant tout en commettant une autre infraction au code de la route peut entraîner le retrait du permis de conduire.

A moins de vouloir absolument contourner des contrôles d'alcoolémie, de stupéfiants ou des barrages pour la recherche d'individus dangereux (des terroristes ou suite à un enlèvement), il n'y a a priori pas de raison de substituer l'usage d'un assistant de conduite (dont l'utilisation sur un smartphone est tolérée si on ne le manipule pas) à des sites qui pourront vous exposer à une sanction pour usage du téléphone au volant.

https://twitter.com/Ju_Bonnet Julien Bonnet Journaliste BFM Auto