BFM Auto

Pic de pollution à Paris: est-ce vraiment utile de baisser la limitation de vitesse?

Un panneau invitant à réduire sa vitesse, à défaut de circulation différenciée.

Un panneau invitant à réduire sa vitesse, à défaut de circulation différenciée. - DR

Face au pics de pollution répétés, la mairie de Paris réclame la mise en place de la circulation différenciée. La préfecture de police n'a pour le moment imposé qu'une baisse de la limitation de vitesse dans la région Ile-de-France, une mesure dont l'efficacité reste incertaine.

Le bras de fer continue entre la Mairie de Paris et la préfecture de police. Ce vendredi 22 février, le pic de pollution se révèle finalement plus important que prévu. Et pour Anne Hidalgo, c'est clairement une conséquence du refus de la préfecture de police de mettre en place la circulation différenciée. 

"Face au pic de pollution, j'ai proposé hier aux services de l'Etat d'interdire temporairement la circulation des véhicules polluants. Ils ont refusé. Résultat, aujourd'hui, l'air est irrespirable. Sortons de l'inertie. Il faut des mesures automatiques dès qu'un pic survient", a écrit la maire de Paris dans un tweet.

Pour rappel, la circulation différenciée a remplacé la circulation alternée (selon le numéro des plaques d'immatriculation, pair ou impair) avec la mise en place du système Crit'Air en 2016. Les vignettes de différentes niveaux permettent en effet aux villes d'exclure certaines catégories de véhicules de la circulation, de manière régulière en semaine, ou périodiquement pour faire face justement à des pics de pollution.

Actuellement, Paris n'a pas la main sur le déclenchement de la circulation différenciée. Seuls les services de l'Etat, c'est-à-dire la préfecture de police peut décider de la mise en place de cette mesure.

Une efficacité relative de la baisse de vitesse

Plutôt que de mettre en place la circulation différenciée, la préfecture de police a opté pour une réduction de la vitesse maximale autorisée en Ile-de-France: 110 km/h sur les axes limités à 130km/h en temps normal, 90 au lieu de 110, et 70 au lieu de 90. 

Une mesure, qui au-delà d'être peu respectée avec des vitesses de flash inchangées des radars automatiques, ne serait pas d'une grande efficacité. Une étude de l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) de 2014 note bien "un effet plutôt positif sur les émissions et les concentrations de polluants", mais surtout sur les axes les plus rapides. 

"Les études ayant appliqué une vitesse maximale autorisée à 70 km/h pour des axes initialement à 90 km/h observent de faibles diminutions des émissions voire une augmentation", peut-on lire.

Mais l'effet attendu sur ces axes passe aussi par une diminution des embouteillages. "Le passage de 80 à 70 km/h d'une voie congestionnée va dans le bon sens pour la qualité de l'air, car il favorise la fluidité du trafic", note l'Ademe.

"L'étude est toujours valable aujourd'hui et il ressort qu'une baisse de la vitesse pour des axes non congestionnés et à des vitesses de l’ordre de 70 km/h permet tout de même de diminuer la pollution, explique Nadia Herbelot, chef du service qualité de l'air à l'Ademe. L'idéal serait d'associer cette mesure à la circulation différenciée, qui permet de retirer un grand nombre de véhicules polluants des axes de circulation, et de mener une politique plus active pour améliorer la qualité de l'air au quotidien, en dehors des épisodes de pollution."

Invitation à utiliser les transports en commun

En invitant les Franciliens à privilégier les transports en commun, une diminution du nombre de véhicules en circulation globale est aussi attendue. Une recommandation qui peut toutefois se heurter au calendrier: ce vendredi soir marque le début des vacances pour la Zone C et donc la région parisienne, avec de nombreux départs en vacances à prévoir. 

Lors du précédent épisode de circulation alternée, l'été dernier la préfecture de police avait demandé aux policiers chargés des contrôles de faire preuve de discernement. Les personnes circulant dans des véhicules Crit'Air 4 et 5, en théorie interdits de circulation dans la zone intra-A86, mais sur la route des vacances pouvaient ainsi échapper à l'amende prévue de 68 euros.

Julien Bonnet