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Le retour mouvementé de Faraday, l'ex-meilleur concurrent de Tesla

Au CES de Las Vegas, Faraday a fait un retour remarqué.

Au CES de Las Vegas, Faraday a fait un retour remarqué. - Pauline Ducamp

Considéré comme un sérieux concurrent de Tesla il y a 3 ans, la marque californienne à fonds chinois semblait avoir fait faillite. Au CES la semaine dernière, Faraday Future promet pourtant la commercialisation de son premier modèle, la FF91, cet automne.

C’est un revenant de la nouvelle économie automobile. Faraday Future a refait surface la semaine dernière au Consumer Electronic Show (CES) de Las Vegas (Etats-Unis). Discrètement stationnée en marge du salon, le long d’un trottoir devant un grand hôtel juste à côté du Las Vegas Convention Center, la FF91 premier modèle du groupe ne semble pas avoir beaucoup évolué depuis sa présentation à ce même CES... trois ans plus tôt.

Avec un simple drapeau, sans véritable stand, la présence de Faraday fait plutôt figure de nouveau soubresaut dans une histoire riche en rebondissements que d'une véritable renaissance.

Une courte histoire mouvementée

Dans la courte histoire de Faraday Future se succèdent en effet des hauts et de nombreux bas. Fondée en 2014, la marque californienne s’était vite taillée la réputation d’être un concurrent sérieux pour Tesla, à une époque où les constructeurs historiques n’ont pas encore forcément pris la mesure du virage nécessaire vers l’électrique. La start-up met alors en avant une véritable connectivité embarquée tournée vers l’utilisateur.

Installée à Gardena, en Californie, Faraday Future revendiquait alors un double ADN créatif: celui de la Silicon Valley et celui de la Chine. Le géant LeEco avait en effet investi des milliards dans le nouveau constructeur automobile, allant même jusqu’à débaucher à tour de bras chez Tesla.

Mi-berline, mi-SUV, avec des performances très élevées, la FF91 est le résultat de ce mélange des cultures. Lors de sa présentation en 2017 au CES, elle se revendiquait comme la voiture électrique à la plus grande autonomie: 378 miles, soit un peu plus de 600 kilomètres. Une usine façon "Gigafactory Tesla" doit voir le jour pour produire ce modèle, et bien d’autres. Mais la belle histoire tourne alors court.

Les milliards de dollars investis n’ont pas suffi. Dès juillet 2017, LeEco n’est plus en mesure de financer Faraday. Fin 2017, c’est un magnat chinois de l’immobilier Evergrande qui renfloue le constructeur. À peine un an plus tard, les licenciements s’enchaînent, l’usine ne tourne plus, et les observateurs soulignent le coup de génie d’Elon Musk, seul (jusqu'à présent) à avoir pu créer une marque automobile de toute pièce, qui plus est électrique, qui plus est technologique.

turfu
turfu © Pauline Ducamp

Un lancement prévu pour cet automne

Début 2020, les porte-paroles de Faraday se veulent cependant rassurants. La période de turbulences serait derrière eux. Yueting Jia, le milliardaire à la tête de LeEco et Faraday, a quitté la société après s’être déclaré en faillite mi-octobre 2019. Selon Reuters, ses dettes s’élèveraient à 3,9 milliards de dollars. Une société de télécoms chinoise ainsi qu’une société américaine ont remis au pot au premier semestre.

"Il nous faut des fonds, mais l’usine est en train de monter en cadence, la voiture sortira officiellement cet automne", explique Mark Cuyler, en charge du manufacturing chez Faraday.

Si le constructeur a bien renoncé à construire sa Gigafactory, il a acquis une ancienne usine Pirelli à Handford, en Californie. "La capacité totale pour cette année est de 30.000 unités, que nous pourrions atteindre, explique Carsten Breitfeld, le nouveau patron depuis septembre. En 2021, il y aura une véritable augmentation des volumes."

A l'intérieur de la FF91
A l'intérieur de la FF91 © Pauline Ducamp

Carsten Breitfeld fait clairement partie des atouts pour relancer la machine. Ancien de BMW, il a travaillé sur le projet i (la gamme de produits électrifiés de la marque bavaroise), avant de partir chez Byton, une marque chinoise qui se positionne aussi sur le même créneau que Tesla 

Autre argument qui laisse penser que Faraday pourrait bien avoir un futur: plusieurs grands équipementiers travaillent actuellement avec le constructeur, dont Bosch pour toutes les aides à la conduite. Tous les employés croisés au CES affichent eux leur détermination. "Il y a un véritable esprit de famille, avec tout ce que nous avons traversé, confie ainsi un des ingénieurs développement, qui a notamment travaillé chez Toyota. Entre ce que vous lisez dans les journaux et ce que nous avons vécu de l’intérieur, c’était très différent. Je ne me suis jamais autant éclaté dans un job. Chez les grands constructeurs, les projets se répètent les uns après les autres, chacun est dans sa tâche. Ici, c’est l’esprit start-up. Une idée est validée? On la développe et la teste dans la foulée."

Des idées, Carsten Breitfeld n’en manque pas. À côté du vaisseau amiral FF91, une version plus petite serait aussi dans les tuyaux selon le site spécialisé Electrek. "Nous aimerions proposer certains de nos véhicules dans un service de transport entre Los Angeles et Las Vegas", a confié au site spécialisé Carsten Breitfeld. Le patron est venu au volant de l’une de FF91 exposées au CES. Après environ 250 miles (400 kilomètres approximativement), il restait 110 miles (environ 177 kilomètres) d’autonomie à la voiture, selon Electrek, plutôt prometteur.

que vaut la ff91 sur la route?

Nous avons pu rouler dans Las Vegas en passager de cette FF91. L’accélération est puissante (un 0 à 60 miles par heure, l'équivalent de notre 0 à 100 km/h, annoncé en 2,4 secondes), avec une puissance de 1050 chevaux grâce à 3 moteurs (un à l’avant, deux à l’arrière). Ces chiffres sont les mêmes que ceux annoncés en 2017. L’habitacle a lui évolué, avec trois grands écrans à l’avant.

L’écran central permet notamment de profiter du système d’infotainment, comme de gérer les portières, le réglage des sièges. L’ensemble du système d’exploitation est développé en interne. Faraday promet des sièges grand confort à l’arrière, on trouve des écrans dans les portières pour les régler. Des écrans descendent aussi du plafond, pour regarder des vidéos. Le modèle dans lequel nous avons roulé reste encore clairement un prototype avec une finition très approximative, des prises électriques saillantes. Faraday promet un modèle à 200.000 dollars maximum. Son cœur de cible: les propriétaires de Bentley, Land Rover et Chevrolet Tahoe.

Pauline Ducamp, à Las Vegas