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La vitesse abaissée à 80 km/h malgré une expérimentation biaisée?

La limitation de vitesse sur les routes nationales et départementales pourrait être abaissée de 90 à 80 km/h.

La limitation de vitesse sur les routes nationales et départementales pourrait être abaissée de 90 à 80 km/h. - Sébastien Bozon - AFP

L'abaissement de la vitesse de 90 à 80 km/h pourrait être officialisé dès mardi prochain par le gouvernement. Mais selon les conclusions d'une expérimentation menée sur cette question, cette mesure ne permettrait pas de lutter contre l'accidentalité. Ce qui est pourtant son objectif premier.

La mesure n'a pas encore été entérinée, mais elle pourrait l'être dès mardi prochain. Le gouvernement serait sur le point d'annoncer l'abaissement de la limitation de vitesse de 90 à 80 km/h sur le réseau secondaire, soit les routes départementales et nationales sans séparation. Objectif: lutter contre les accidents au volant qui coûtent chaque année la vie à près de 3500 personnes.

Mais le souci, croit savoir Europe 1 ce vendredi, c'est que pour motiver cette décision le Comité interministériel à la sécurité routière (CISR) se base sur une expérimentation, réalisée sur plusieurs routes de France, qui ne démontrerait pas l'objectif recherché.

Une étude trop courte, à tous les niveaux

L'expérience en question a été menée de juillet 2015 à juillet 2017. Dans ses conclusions, consultées par nos confrères, il apparaîtrait que le passage à 80 km/h engendre une diminution de la vitesse moyenne, sans créer de nouveaux embouteillages. Et c'est tout. Aucune trace d'une quelconque baisse de l'accidentalité ne serait mentionnée dans le rapport en question.

De l'aveu même du gouvernement, les tronçons de route sur lesquels ont reposé l'étude auraient dû être plus longs. Quant au temps de l'expérimentation, il aurait été préférable de s'interroger sur cinq ans, plutôt que deux.

Des données manquantes?

Les problèmes liés à cette étude ne se limiteraient pas qu'à ses conclusions. Toujours selon Europe 1, cette dernière aurait été faussée dès le départ, en l'absence de mesures concrètes sur le nombre d'accidents ainsi que sur les vitesses réellement pratiquées lorsque les routes en question étaient limitées à 90 km/h. Dernière bizarrerie relevée par la radio: plusieurs tronçons utilisés pour l'exercice ont été en travaux et rénovés pendant la période de test.

"Nous, ce qu'on a remarqué, c'est que les routes ont été élargies, que le marquage a été refait, donc, la route ne ressemble plus trop à ce qu'il y avait avant", s'étonne à ce titre Daniel Quéro, président de 40 millions d'automobilistes, au micro d'Europe 1. "Comparer des choux et des carottes, c'est un peu compliqué."

Il y a quelques semaines, cette même association dévoilait une étude réalisée au Danemark, qui expérimente actuellement le passage de 80 à 90 km/h sur son réseau routier secondaire depuis trois ans. Une période pendant laquelle l'accidentalité et la mortalité routière ont chuté respectivement de 11% et 13%.

Jé. M.