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80km/h: l'Etat ne veut pas revenir en arrière

Deux ans après son instauration, un rapport officiel souligne que 349 vies ont été épargnées grâce aux 80km/h entre le 1er juillet et le 28 février 2020. La Sécurité routière écarte pour le moment de revenir sur cette mesure.

Deux ans après leur mise en place polémique le 1er juillet 2018 sur près de 400.000 kilomètres de routes bidirectionnelles sans séparateur central, les 80 km/h semblent plus que jamais installés dans le paysage routier des automobilistes français.

Ce lundi 20 juillet, la nouvelle Déléguée interministérielle à la sécurité routière (DISR), Marie Gautier-Melleray, a écarté pour le moment tout rehaussement de la limitation de la vitesse sur le réseau secondaire.

Pour appuyer cette annonce, la DISR se base sur un rapport de 120 pages édité par le Céréma: selon ces chiffres, le passage aux 80 a "démontré son efficacité", résume Marie Gautier-Melleray.

"349 vies épargnées", selon un rapport officiel

Selon les calculs des ingénieurs du Céréma (Centre d’étude et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement), l’abaissement de la vitesse maximale à 80km/h a permis d’épargner 349 vies hors agglomération et hors autoroute en France métropolitaine entre le 1er juillet 2018 et le 28 février 2020. Pour établir ces chiffres, les spécialistes du Céréma ont comparé les chiffres d’accidentologie de ces 20 mois à la moyenne des années 2013 à 2017. Le bilan a été arrêté avant le mois de mars pour qu'il ne soit pas impacté par la crise sanitaire.

Le Céréma avait été missionné en juillet 2018 par le Premier ministre de l’époque, Edouard Philippe, pour évaluer l’efficacité de cette baisse de la vitesse après deux ans d’expérimentation et donc éventuellement sa poursuite. A l'annonce de la mesure, décidé en janvier 2018, Edouard Philippe avait déclaré qu'elle permettrait d'épargner "300 à 400 vies par an", alors que les routes hors agglomération et hors autoroute concentrent plus de la moitié du nombre total de tués. Avec 349 vies épargnées selon les calculs du Cerema, les chiffres sont un peu éloignés de ceux annoncés à l’époque.

"Je ne crois pas que 349 vies épargnées puissent nécessairement être considérées comme un échec. Est-ce qu'on peut faire mieux? Oui. Est-ce qu'on doit faire mieux? Oui", a commenté Marie Gautier-Melleray.

Des départements ont amendé cette mesure

Lors de ce point presse, la Déléguée interministérielle a cependant rappelé que ce n’était pas à elle d’entériner définitivement cet abaissement de la vitesse. Aucun calendrier n’a pour le moment été donné par le nouveau gouvernement pour trancher définitivement cette question. "La mesure (figure) dans le code de la route", a rappelé Marie Gautier-Melleray.

Les 80km/h avaient été fortement défendus par le précédent Premier ministre. Edouard Philippe avait pourtant du assouplir sa position en fin d’année dernière. Devant le fronde des gilets jaunes et le mécontentement des élus locaux, la Loi d’orientation des mobilités (Lom) adoptée en fin d’année autorise les conseils départementaux à voter un retour aux 90km/h sur les portions de routes dont ils ont la charge. Les routes dont l’entretien est à la charge de l’Etat restent elles limitées à 80km/h.

Lors de notre dernier pointage la semaine dernière, la moitié des départements a décidé de rester au 80 km/h. Cependant, seuls 17 départements ont voté et concrètement mis en place une hausse de la vitesse à 90km/h sur certaines portions de route.

Une mesure mieux acceptée par les automobilistes selon le gouvernement

Ce retour aux 90km/h avait pu vouloir suivre la volonté de certains automobilistes, très critiques sur la baisse de la vitesse à 80, perçue notamment comme une perte de temps dans des zones rurales où il n’existe souvent pas d’alternatives à la voiture individuelle pour les déplacements du quotidien. Dans un communiqué de presse du ministère de l'Intérieur publié ce lundi, ces craintes n'auraient pas été confirmées dans les faits. En moyenne, les automobilistes n’auraient perdu qu’une seconde par kilomètre sur leur trajet, selon les calculs officiels.

Vies épargnées, contraintes moins fortes qu'attendues, autant de raisons qui pourraient expliquer la plus grande acceptation de la mesure par les automobilistes? Toujours selon des résultats d'un sondage avancé par la Sécurité routière, les Français seraient moins hostiles aux 80. 48% des Français y seraient favorables (contre 30% en avril 2018) et 20% tout à fait opposés (contre 39,8% toujours en avril 2018).

"On est dans une tendance qu'on avait déjà pu observer pour d'autres mesures très emblématiques de la Sécurité routière, où dans un premier temps il y a une résistance à ce qui est perçu comme étant une atteinte à une liberté. Et le temps passant on se rend compte que finalement la contrainte n'était pas aussi élevée que ce qu'on avait craint (...)", a commenté Marie Gautier-Melleray, faisant référence au port obligatoire de la ceinture ou au permis à points.
P.D avec AFP