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Avec son prix réduit, l'E85 attire de plus en plus de Français à la pompe

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A 74 centimes le litre en moyenne, soit deux fois moins cher que les autres carburants, le Superéthanol-E85 séduit de plus en plus d'automobilistes. En 2019, les ventes en station ont progressé de 85%.

Le bioéthanol affiche une croissance record: l'an dernier, les ventes de ce carburant à la pompe ont progressé de 85% en France. Mais avec 340 millions de litres déversées dans les réservoirs en 2019, l'E85, également appelé superéthanol, ne représente encore que 3% du marché des carburants routiers, encore largement dominé par le gazole avec 77% de part de marché l'an dernier. 

Un prix très attirant

Principal argument de ce carburant qui contient jusqu'à 85% de bioéthanol (issu de la fermentation de betteraves et de céréales): le prix. Avec 74 centimes en moyenne actuellement, il se révèle deux fois moins cher que les autres carburants. S'il est un peu plus difficile d'en trouver, de plus en plus de stations-service en proposent: 1740 actuellement, soit 19% des stations et 634 de plus en un an.

Autre point mis en avant par la filière qui promeut ce carburant, des émissions de CO2 réduites de 50% et de particules de 90% par rapport aux essences fossiles. 

Pour 2020, la Collective du bioéthanol, qui regroupe les producteurs (Association de la betterave et du sucre et Syndicat des producteurs d'alcool agricole, SNPAA), prévoit une croissance du même ordre que celle enregistrée l'an dernier.

De plus en plus de véhicules sont en effet équipés du fameux boîtier de conversion E85 permettant aux moteurs essence de fonctionner avec ce carburant. Les installations en garage progressent nettement depuis qu'un arrêté de fin 2017 encadre l'homologation de ces boîtiers.

Aujourd'hui, 8 véhicules essence sur 10 sont compatibles avec au moins un des 13 boîtiers de gestion du moteur homologués par l'État. Cette opération, qui coûte environ 1000 euros, bénéficie de subventions dans certaines villes et régions, et la carte grise est gratuite dans 10 régions.

"Ce qui a débloqué son utilisation est qu'il n'est plus besoin d'attendre la mise à disposition de systèmes 'flex fuel' en série par les constructeurs automobiles", explique à l'AFP Sylvain Demoures, secrétaire général du SNPAA, qui recense 100.000 véhicules équipés en France et 40.000 supplémentaires attendus en 2020.

L'an dernier, Ford a lancé en France une version "flex fuel" pour accompagner la fin de vie de l'actuelle génération de son Kuga. Une version qui a remporté un franc succès d'après le président de Ford France, avec 6500 ventes de cette version alors que la marque en prévoyait 3000.

Une progression "pas à pas" mais "pour durer"

Alors quel avenir imaginer en France pour l'E85? Jusqu'où les agriculteurs pourront-ils répondre à la demande sans concurrencer les besoins alimentaires?

Le bioéthanol est "une production made in France" nécessitant moins de 1% de la surface agricole utile, et le pays, premier producteur européen d'alcool agricole, est exportateur, répond la profession.

"Si on devait assurer aujourd'hui tous les besoins en carburant, on aurait du mal à suivre!, admet Sylvain Demoures. Mais la consommation globale va baisser".

Le secteur entrevoit une progression "pas à pas" mais "pour durer": l'E85 "aura toute sa place à côté de l'électrique, pour les hybrides qui devront assurer les longues distances".

Après l'E10, vers une généralisation de l'E20?

Aujourd'hui, l'éthanol entre aussi dans le SP95-E10 (qui en contient jusqu'à 10%). Première essence de France depuis 2017, ce carburant a gagné 5 points de part de marché en 2019 à 47,6% et près de 50% en décembre, indique la filière, qui vise 75% d'ici 5 ans.

Le SP95-E10, compatible avec 98% du parc roulant et disponible dans 70% des stations, demeure 4 à 5 centimes moins cher que le SP95. "Cette limite de 10% a pour vocation d'être relevée. On aimerait à moyen terme du 'E20' partout en Europe", note Sylvain dmeoures.

Julien Bonnet, avec AFP