BFM Business

Mark Zuckerberg dans le viseur de ses actionnaires chez Facebook

Les appels à la destitution de Mark Zuckerberg à la tête de Facebook se multiplient.

Les appels à la destitution de Mark Zuckerberg à la tête de Facebook se multiplient. - Philippe LOPEZ / AFP

Jugé trop puissant, trop isolé, trop autoritaire: Mark Zuckerberg est critiqué pour sa gouvernance de Facebook. Sa position de force lui permet jusqu'à présent de balayer d'un revers de main les nombreux appels en faveur de sa démission. Jusqu'à quand?

On l'imaginait encore il y a quelques mois concourir à la présidence des États-Unis. Mark Zuckerberg s'est vu forcé de renoncer à ses ambitions politiques. Le cofondateur de Facebook est désormais exhorté à renoncer à sa propre création. Ses actionnaires semblent bien décidés à le pousser vers la porte, sans que cela se concrétise jamais. 

Le 30 mai, Mark Zuckerberg a une nouvelle fois échappé à sa destitution. Lors de la dernière réunion des actionnaires, quatre résolutions ont été défendues pour réduire la mainmise du jeune milliardaire sur le groupe, instaurer des contre-pouvoirs à sa gouvernance voire renoncer à son poste de président du conseil d'administration. Toutes ont été écartées. 

Sur une façade de l'hôtel Nia à Menlo Park (Californie), où se tenait l'assemblée générale, une immense affiche appelant à "virer" Mark Zuckerberg a pour l'occasion été placardée. Le happening en question était organisé par l'association "Fight the Future". En ligne de mire: l'excès de pouvoir conféré à l'un des patrons les plus influents du monde, qui vient apposer son sceau sur toutes les décisions stratégiques de l'entreprise. "Zuck" cumule en effet les casquettes de co-fondateur, PDG et président du conseil d'administration du plus gros réseau social au monde.

Un pouvoir "dictatorial" 

Pourquoi tant de véhémence? Ces critiques viennent de loin. L'an passé, dans le sillage de l'affaire Cambridge Analytica - et de marquantes révélations sur l'exploitation abusive des données personnelles chez Facebook-, Wired avait mis les pieds dans le plat. "La démission de Zuckerberg ouvrirait un nouveau chapitre qui permettrait d’améliorer sa réputation, pas seulement pour lui mais aussi pour toute l’entreprise Facebook. Plus important, ces changements bénéficieraient clairement à la planète tout entière", arguait alors le magazine américain. 

L'image de Facebook n'a fait qu'empirer par la suite. Pas une semaine ne passe sans que l’entreprise ne fasse l’objet de critiques cinglantes sur ses dérives en matière d'exploitation des données, de modération des contenus haineux, de la menace que le réseau représenterait pour les démocraties ou encore du manque de sécurité de ses différents services. Instagram a ainsi accidentellement laissé fuiter des mots de passe alors même que Facebook a stocké près de 200 millions d'identifiants sans protection. Mi-mai, l'existence d'une faille d'ampleur sur WhatsApp a ébranlé le milieu de la cybersécurité. Elle permettait d'espionner un smartphone par le biais d'un simple appel.

Ces couacs en série viennent légitimer les arguments des pro-démission. Parmi eux, s'affichent de très grands noms de la Silicon Valley. Ainsi de Chris Hughes, cofondateur de Facebook qui appelait récemment à son démantèlement, tout en s'alarmant du pouvoir de Mark Zuckerberg, ou d'Alex Stamos. L'ex patron star de la sécurité chez Facebook a récemment estimé que Mark Zuckerberg gagnerait à lâcher du lest, pour le bien de l'entreprise. "Si j'étais lui, j'engagerais un nouveau PDG", avait-il par ailleurs fait savoir auprès de CNBC.

Mark Zuckerberg est ainsi devenu l'homme à faire tomber dans l'entreprise. Mais est-ce seulement possible? L'ancien étudiant de Harvard garde une solide corde à son arc: alors qu'il détient 13% du capital de Facebook, il bénéficie encore de près de 60% des droits de vote. Or, le départ d'un membre du conseil d'administration nécessite plus de 50% des votes. Un actionnaire n'a ainsi pas manqué de dénoncer une gouvernance "dictatoriale" de l'entreprise, lors de l'assemblée du 30 mai. 

La seule possibilité pour que Mark Zuckerberg ne fasse plus partie de Facebook reste ainsi qu'il s'en aille de lui-même. Ses chances d'abdiquer restent néanmoins très minces. Face aux interrogations sur sa position de force, le PDG se contente pour le moment d'éluder le sujet en appelant à une "régulation extérieure". En 2017, à la suite de scandales de harcèlement sexuel chez Uber, Travis Kalanick, alors PDG du service de transport, avait été poussé vers la sortie. Ses 20% de droits de vote n'avaient pas été suffisants pour faire barrage à sa démission. 

https://twitter.com/Elsa_Trujillo_?s=09 Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech