BFM Business

Cofondateur de Facebook, il appelle à démanteler le réseau social

Mark Zuckerberg sur la scène du F8, la grande conférence de Facebook dédiée aux développeurs.

Mark Zuckerberg sur la scène du F8, la grande conférence de Facebook dédiée aux développeurs. - JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Chris Hughes, qui a contribué aux débuts de Facebook, estime que le réseau social à succès constitue aujourd'hui une "menace pour la démocratie".

Le colosse Facebook suscite une méfiance grandissante, même chez ceux qui ont contribué à le façonner. Dans une tribune accordée au New York Times, Chris Hughes, l'un des cofondateurs de l'entreprise, en vient à souhaiter le démantèlement de la plateforme.

Au fil de son long réquisitoire, celui qui se présente comme un ami intime de Mark Zuckerberg estime que le réseau constitue une "menace" sur le plan économique - par sa capacité à étouffer l'apparition de concurrents - mais aussi pour la démocratie. La plateforme est en effet régulièrement critiquée pour sa propension à renforcer la viralité des "fake news", bien souvent favorables aux extrêmes.

"Cela fait quinze ans que j’ai cofondé Facebook à Harvard, et je n’ai pas travaillé pour l’entreprise depuis une dizaine d’années. Mais j’ai un sentiment de haine et de responsabilité", écrit ainsi Chris Hughes. "Le fait que l’obsession de Mark pour la croissance l’ait conduit à sacrifier les questions de sécurité pour le clic me met assez en colère", complète-t-il. En mars 2018, la fuite d'un ancien mémo interne de l'entreprise avait dévoilé un aspect cynique du réseau social et son appétit pour la croissance à tout prix, quitte à balayer d'un revers de main la protection des données des utilisateurs. 

L'énervement, la déception puis la résignation

En somme, Chris Hughes appelle trois choses de ses vœux. Scinder Facebook en trois entreprises distinctes pour donner moins de poids à l'alliance Facebook-Instagram-WhatsApp; interdire toute nouvelle acquisition, Facebook ayant tendance à tuer ses concurrents dans l'œuf; enfin, créer une agence fédérale de régulation des géants du Web, à la manière de ce qui existe pour le secteur de l'aviation aux États-Unis. Chris Hughes donne un exemple marquant pour justifier la position dominante du groupe: sur chaque dollar dépensé pour des publicités sur les réseaux sociaux, près de 84 cents reviennent à Facebook ou aux réseaux qu'il détient.

L'une des raisons aux dérives de Facebook tient selon Chris Hughes à la toute-puissance de Mark Zuckerberg. A lui seul, l'ancien élève de Harvard détient 60% des droits de vote de l'entreprise. Le conseil d'administration de Facebook est ainsi, selon son cofondateur, "plus proche d'un panel de conseillers que d'un contre-pouvoir". "Le pouvoir de Mark est incroyable, et dépasse de loin celui de n’importe qui au gouvernement ou dans le secteur privé", complète Chris Hughes, en qualifiant ce même pouvoir de "sans précédent et antiaméricain". Tout en tempérant que "Mark est quelqu'un de bien, quelqu'un de gentil". 

Ces reproches sont d'autant plus acerbes qu'ils viennent d'une personne ayant suivi le projet depuis son éclosion. Ils sont néanmoins loin d'être nouveaux. Depuis le dévoilement de l'affaire Cambridge Analytica, et de l'exploitation abusive de données de millions d'utilisateurs à des fins politiques, le réseau ne cesse d'être sous le feu des critiques. Une enquête pénale autour des pratiques de Facebook en matière de partage des données a été lancée mi-mars aux Etats-Unis. Quelques jours plus tard, le réseau annonçait avoir par erreur laissé au moins 200 millions de mots de passe accessibles "en clair" aux employés du groupe.

Cela n'empêche pas Facebook de bénéficier d'une excellente santé financière, comme l'ont une nouvelle fois prouvé ses résultats trimestriels, fin avril. Le jour de leur publication, Facebook s'ajugeait plus de 7% à Wall Street. Par ailleurs, aussi nombreuses soient les critiques, elles portent rarement leurs fruits."A chaque fois que Facebook commet une erreur, nous répétons cette routine épuisante : l’énervement, la déception, et, pour finir, la résignation", analyse ainsi Chris Hughes. Son appel pourrait lui aussi tomber dans ce schéma. 

https://twitter.com/Elsa_Trujillo Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech