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En Chine, répondre à un tweet sur le coronavirus peut mener à une arrestation

Les autorités chinoises expérimentent les technologies pour endiguer la maladie.

Les autorités chinoises expérimentent les technologies pour endiguer la maladie. - Noel CELIS / AFP

La Chine met à profit un dispositif de surveillance renforcé pour faire taire les voix dissidentes en ligne. Quitte à envoyer les autorités sur place pour un tweet ou un simple message sur WeChat, l'application de messagerie la plus populaire du pays.

Il aura très rapidement été érigé en martyr des réseaux sociaux. Li Wenliang, qui a fini par succomber au coronavirus, a été l'un des premiers médecins chinois à signaler l'ampleur de l'épidémie et la survenue d'une "pneumonie d'origine méconnue". Son alerte, diffusée sur la très populaire application WeChat, lui a valu, comme tant d'autres depuis, une arrestation le 3 janvier. La raison: ses publications auraient constitué de "fausses informations" à même de "perturber l’ordre social".

Dans le pays, critiquer la gestion de l'épidémie par le régime rime bien souvent avec l'appréhension de voir débarquer la police chez soi. Le régime traque - aussi bien sur WeChat que sur le réseau social Weibo - les propos n'allant pas dans son sens. En théorie inaccessibles dans le pays sans l'utilisation d'un VPN (un logiciel qui simule une connexion depuis l'étranger), les plateformes occidentales telles que Facebook ou Twitter sont elles aussi passées au crible. 

Visites inopinées des forces de l'ordre

Le site Vice relate ainsi l'exemple d'un résident de Dongguan, une ville chinoise de près de huit millions d'habitants, arrêté par la police pour une simple réponse à un tweet et soumis à un interrogatoire. Ce dernier dénonçait la réponse tardive du gouvernement chinois face à l'épidémie de coronavirus. Le tweet de l'interpellé, depuis effacé, appelait quant à lui à s'en prendre à la "tyrannie" constatée selon lui dans le pays. 

Après un appel téléphonique du Ministère de la Sécurité de l'Etat, puis une convocation légale, la source de Vice a reçu la visite des forces de l'ordre. Les agents ont présenté une capture d'écran de son tweet, lui disant que son contenu "attaquait le Parti communiste chinois", après avoir déclaré avoir retrouvé ses coordonnées grâce au numéro de téléphone associé à son compte Twitter. Ce dernier était lui-même associé à son identité dans une base de données gouvernementale alimentée par les opérateurs téléphoniques. 

Une autre source, arrivée mi-janvier à San Francisco pour de simples vacances, indique quant à elle craindre de retourner en Chine et d'y risquer une arrestation. Cet entrepreneur a partagé sur son compte WeChat des informations sur le coronavirus qu'il jugeait inaccessibles en Chine. L'initiative lui aura valu un message d'avertissement des administrateurs de l'application, puis une notification indiquant une tentative de connexion à son compte depuis Shanghai. Ses amis l'invitaient par ailleurs, selon lui sous contrainte, à révéler son emplacement précis. 

Tencent, qui détient WeChat, s'est abstenu de tout commentaire. De même pour Twitter, qui a néanmoins démenti avoir partagé le numéro de téléphone d'utilisateurs chinois de la plateforme sur requête du gouvernement. Le réseau social américain se contente de rappeler que le gouvernement, qui détient les opérateurs télécom du pays, dispose d'un "accès complet au trafic" de données, et donc à certaines conversations. 

Cette politique n'épargne pas les journalistes étrangers présents sur le territoire chinois. Ces derniers jours, plusieurs correspondants, dont celui du Figaro, ont remarqué de mystérieuses attaques sur leurs comptes WhatsApp, allant jusqu'à paralyser ces derniers. Ces dernières viennent s'ajouter aux attaques régulières à l'encontre des VPN, et donc à la possibilité d'avoir accès au contenu censuré sur l'Internet chinois. Trois reporters du Wall Street Journal ont quant à eux été expulsés de Chine pour avoir "calomnié le peuple chinois" en pleine épidémie, à travers un article titré La Chine est le véritable homme malade de l'Asie

https://twitter.com/Elsa_Trujillo_?s=09 Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech