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Disparition des "likes" sur Instagram: la fin des batailles d’ego?

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Pour mettre fin aux batailles d'ego entre internautes, Instagram a décidé de masquer les "likes" dans certains pays. Une réponse insuffisante face à la "pression" sociale des réseaux, parfois mal vécue par les plus jeunes.

Cacher les "likes" Instagram, un moyen de rendre le réseau social plus sain? La plateforme, qui compte un milliard d'utilisateurs dans le monde, semble avoir pris conscience de la "pression" vécue par certains de ses adeptes. Son patron, Adam Mosseri, annonçait début juillet la création de nouveaux outils contre le harcèlement, dont l'apparition d'un message d'avertissement contre les commentaires haineux généré par un logiciel d'intelligence artificielle.

En pratique, l'Australie, l'Italie, l'Irlande, le Japon, le Brésil et la Nouvelle-Zélande rejoignent le Canada qui masque déjà depuis mai le nombre total de "likes" affiché sous chaque photo. Son auteur y a évidemment accès. 

"Nous voulons qu'Instagram soit un lieu où les gens se sentent à l'aise pour s'exprimer", a expliqué une responsable de Facebook, maison-mère d'Instagram, pour l'Australie et la Nouvelle-Zélande, Mia Garlick. "Nous espérons que ce test fera baisser la pression (...) afin que vous puissiez vous consacrer au partage de ce que vous aimez".

Satisfaire son ego en parlant de soi

Instagram, arène d'une course à la popularité et à la mise en avant de soi? Véridique en Italie, l'un des pays tests où la culture de l'image est très présente selon le sociologue Simone Carlo.

"Sur Instagram, il existe les mêmes addictions que dans la société, se divertir, se montrer, recevoir l'approbation des autres. Ce sont des comportements qui sont présents depuis toujours dans la société italienne", explique l'universitaire milanais, spécialiste de rapports sociaux numériques, même si ce phénomène n'est pas réservé à l'Italie.
"Sur les médias numériques, il y a l'idée de parler de soi-même, de le faire pour satisfaire l'ego", ajoute André Mondoux, sociologue canadien et professeur à l'Université du Québec à Montréal (UQAM). 

Les problèmes de mal-être surviennent lorsque "l'attention qu'on reçoit diminue" et qu'il manque ce "temps de jouissance addictif".

Royaume de la fausse réalité

En 2017, une étude de la Royal Society for Public Health classait Instagram comme le pire réseau social pour la santé mentale des jeunes au Royaume-Uni, selon 14 critères dont la perception de soi, l'anxiété ou le harcèlement. Même si les "likes" disparaissent, resteront les photos, parfois trompeuses et dopées aux filtres, d'une fausse réalité socialement parfaite. 

Une influenceuse australienne, Essena O'Neil, avait dénoncé en 2015 les tromperies du réseau et témoigné de son mal-être en réécrivant toutes ses légendes pour raconter les dessous de ses clichés.

Les sociologues contactés sont partagés sur les effet des actions du réseau social. Pour Simone Carlo, ne plus se focaliser sur les "likes" peut améliorer le bien-être des internautes, mais "en même temps l'approbation populaire sera encore disponible pour ceux qui le veulent".

Couper court aux faux likes

André Mondoux ne voit pas de changement majeur pour l'utilisateur lambda. Il estime pour sa part que la motivation de la plateforme est plus "probablement" de lutter contre les "faux likes" achetés pour accroître artificiellement la popularité de certains influenceurs.

L'objectif d'Instagram est évidemment de contrer "l'économie de la micro-influence", abonde Laurence Allard, maître de conférence à l'université de Lille et l'Ircav à Paris 3.

"On veut moraliser ce business des petits influenceurs, couper court aux faux abonnés et à tout un ensemble de pratiques et d'acteurs qui y sont liés, mais sur lesquels Instagram n'a pas la main", complète la sociologue des usages numériques.

Laurence Allard entrevoit ainsi la fin de la guerre entre influenceurs mais imagine également "un changement de l'unité de mesure de la popularité", en se basant par exemple sur les "émojis en forme de coeur laissés en commentaire ou le nombre total de commentaires".

Pauline Dumonteil avec AFP