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Bravoloto: l'application de loto en ligne "100% gratuit" est-elle fiable?

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Depuis quelques années, des loteries gratuites se multiplient sur internet. Mais une seule propose, en plus de cadeaux ou de réductions, de gagner de l’argent. La FDJ a attaqué l'entreprise à l'origine du jeu pour concurrence déloyale.

“C’est gratuit, c’est facile. Gagne jusqu’à 1 million d’euros!”. Le slogan est accrocheur. Bravoloto est une loterie en ligne gratuite. L’utilisateur ne verse pas d’argent pour participer mais il donne, en contrepartie, de son temps. Pour jouer une grille, il doit regarder une publicité. Les jackpots sont financés par ces annonces. Quatre ans après son lancement, Bravoloto compte désormais plus de 10 millions d’utilisateurs, dont 8,5 millions en France. Et 250.000 s’y adonnent chaque jour.

Fort de ce succès, Marketluck, l’éditeur du jeu, a lancé cette année une autre version, Bravospeed, basée sur le même principe. La différence entre les deux réside dans le nombre de tirages: un toutes les trois minutes pour Bravospeed et deux par jour pour Bravoloto. Avec pour ce dernier, deux jackpots à 500.000 euros à gagner le mardi et le jeudi, et un à 1 million d’euros le dimanche.

De l’argent, ou des cadeaux

Contrairement au Loto de La Française des Jeux (FDJ), les joueurs n'ont aucune chance de toucher le gros dès le premier coup.

"Pour participer aux tirages avec des jackpots élevés, il faut avoir déjà fait plusieurs grilles sur les niveaux précédents. C’est un peu une récompense pour nos joueurs les plus fidèles”, avance à BFM Tech Matthieu Leboucher, cofondateur de Bravoloto.

Difficile de savoir combien de temps il faut jouer pour y accéder. Fin 2019, une habitante du Mans a empoché 500.000 euros après avoir passé plus de dix mois à jouer vingt minutes par jour sur l'application. 

“Ce n'est pas un tirage au sort mais un tirage classique. Cinq boules et deux signes sont tirés et si un joueur a la bonne combinaison, il gagne le jackpot. Si personne ne l’a, on ne choisit pas un gagnant au hasard”, précise le directeur général. 

Mais pas question de voir les joueurs quitter l’application au premier revers. Pour les encourager, Bravoloto leur propose à chaque tirage de gagner des cadeaux qui émanent, évidemment, de ses partenaires. Comme Gifi, dont le fondateur, Philippe Ginestet, est l’un des premiers actionnaires de Marketluck. “Il y a une chance sur quatre de gagner la plus petite combinaison”, assure Matthieu Leboucher.

La FDJ dénonce une "concurrence déloyale" 

Les dirigeants de Marketluck se bornent à présenter leur jeu comme "une alternative" gratuite au Loto de la FDJ.

"Nous sommes un petit moustique par rapport à la Française des jeux", assurait Prosper Marsquelier mi-février sur le plateau de BFM Business. 

Mais la société à l'origine de la création du Loto National (en 1976) n'a pas tardé à réagir. Il y a trois ans, la FDJ attaque Marketluck pour concurrence déloyale et parasitaire, accusant le jeu Bravoloto de reprendre la mécanique des jeux Loto et Euromillions.

"Pour la FDJ, le fait de copier les éléments caractéristiques du Loto, comme l'heure du tirage, la grille de jeu ou encore les codes couleur peut créer une confusion chez les Français", explique l'acteur historique à BFM Tech. 

Exit les chèques géants 

Un premier jugement condamne la société Marketluck à verser 70.000 euros de dommages et intérêts. La FDJ fait appel. La Cour reconnaît finalement que le loto "à l'allemande" (tirage de six boules sur 49), créé en 1955, appartient au domaine public du fait de son utilisation dans le monde entier.

“N’importe qui peut organiser une loterie gratuite. La FDJ a le monopole sur le jeu payant”, précise Prosper Marsquelier. 

Bravoloto a cependant été condamné à opérer rapidement des changements sur son application pour éviter toute confusion avec le Loto de la FDJ. L'heure du tirage du soir devra ainsi être avancé ou reculé. La remise du chèque géant au gagnant a également été jugée propre au jeu de la FDJ. 

Bravoloto
Bravoloto © Capture d'écran de la chaîne YouTube de Bravoloto

Marketluck est donc protégé par son statut de jeu gratuit. Pourtant, sur son site, Bravoloto assure que son "logiciel de tirage est certifié par Toucan, société agréée par l'ARJEL". Contactée, l'Autorité de régulation des jeux en ligne explique avoir enjoint les responsables du site de retirer cette mention, précisant ne réguler que les jeux d'argent.

De son côté, Bravoloto explique avoir voulu faire auditer son système de tirage, afin de certifier qu'il était bien aléatoire. Mais la société citée par l'entreprise (Toucan) ne fait pas partie de la liste des organismes habilités par l'ARJEL à procéder à un tel audit. 

Bravoloto
Bravoloto © Capture d'écran du site Bravoloto

Autre zone d'ombre, le site internet de Bravoloto ne comporte pas de mentions légales, pourtant obligatoires sous peine d'une amende de 1.500 euros. Son directeur général explique qu'elles sont disponibles sur l'application. Bravospeed et Bravoloto sont pour l'heure uniquement disponibles sur le Google Play Store. L'arrivée sur iOS devrait se faire dans l'année. 

https://twitter.com/Pauline_Dum Pauline Dumonteil Journaliste BFM Tech