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Application StopCovid: pourquoi le gouvernement devra probablement se faire aider par Apple et Google

L'application StopCovid devrait sortir sous trois à six semaines.

L'application StopCovid devrait sortir sous trois à six semaines. - Martin BUREAU / AFP

Les deux entreprises américaines se sont alliées pour présenter ce qui pourrait devenir le socle de l'application StopCovid. À elles deux, elles couvrent la quasi totalité des smartphones français.

Apple et Google auraient-ils réussi, par une alliance inédite, le tir groupé de l'année? Les deux groupes américains ont annoncé le 10 avril mettre au point une plateforme commune de traçage numérique. Nulle question ici de concevoir une application mobile à proprement parler, mais plutôt d'en bâtir les rouages. Leur solution pourrait ainsi servir de base à l'application StopCovid, sur laquelle planche actuellement le gouvernement français.

Pour rappel, cette dernière devra alerter, par une notification, chaque utilisateur ayant croisé au cours de sa journée une autre personne s'étant déclarée positive au Covid-19, pour s'isoler le cas échéant. Et pour éviter de trop s'immiscer dans leur vie privée, StopCovid ne mettra pas à profit leur géolocalisation, mais leur localisation relative, soit l'un par rapport à l'autre. D'où l'intérêt porté par le gouvernement à la technologie Bluetooth, qui permet de parvenir à de tels résultats sans trahir les déplacements précis des Français.

Réconcilier les iPhone et les smartphones Android

C'est à ce niveau qu'Apple et Google interviennent. Leur solution gère justement ce système de détection par Bluetooth, en se chargeant de la protection des données personnelles. Elle est censée pouvoir se greffer à toute application gouvernementale, pour la rendre plus performante, moins énergivore, et surtout, permettre d'échanger sans difficulté des informations entre iPhone et smartphones Android... deux écosystèmes très peu compatibles par nature.

Cette piste est sérieusement étudiée par le gouvernement français. "La priorité est de permettre le meilleur fonctionnement possible de l'application StopCovid, qui est en cours de développement en coopération avec l'Allemagne. Cela passe par un échange continu avec les grands acteurs du numérique" indiquait tout récemment le cabinet du secrétaire d'Etat au Numérique auprès de BFM Tech, en soulignant qu'il n'y avait "pas de religion" en la matière.

Le gouvernement aura-t-il seulement un autre choix que celui de passer par Apple et Google? À eux deux, les deux groupes couvrent la quasi intégralité du parc de smartphones français et ont de quoi faciliter la tâche des autorités. Leur solution a, seulement deux jours après avoir été dévoilée, séduit le NHS, à savoir le système de santé publique britannique, pour développer sa propre application de suivi des malades.

Un choix restreint

Des raisons techniques viennent par ailleurs contrecarrer les plans de développeurs concurrents. Pour des raisons de respect de la vie privée, les iPhone ne permettent plus l'activation du Bluetooth par défaut, rappelle Moxie Marlinspike, le créateur de l'application de messagerie sécurisée Signal. Cette dernière ne serait possible que par un changement intégré à la solution conçue conjointement par Apple et Google.

Très concrètement, des applications gouvernementales n'ayant pas recours à la solution des deux géants américains viendraient se heurter à un schéma à la singapourienne. L'application conçue dans le pays, "TraceTogether", nécessitait d'être ouverte en permanence, sur un smartphone déverrouillé, pour fonctionner et signaler des cas de contamination alentour.

"Techniquement, une application iOS ne peut utiliser le Bluetooth en permanence", rappelle le hacker français Baptiste Robert. "Par conséquent, une application de contact tracing qui utiliserait le Bluetooth ne pourrait tout simplement pas fonctionner sur un iPhone. Le principe même de ces applications est contre les règles fixées par Apple ces dernières années."

Aux yeux d'une autre source du secteur des télécoms, l’Etat n’a aujourd'hui "pas vraiment le choix" face à la proposition d'Apple et Google. "Non pas sur le fond, car si le gouvernement sort sa propre application, elle sera aussi en principe disponible sur tous les systèmes d'exploitation. En revanche, cela ne lui laisserait aucun droit à l'erreur.", indique-t-il, en considérant que le moindre raté serait encore davantage pointé du doigt.

Le gouvernement ne s'en trouve pas moins face à un choix politique délicat. Comment légitimer le recours à Apple et Google, alors même que Cédric O soulignait tout récemment que la "souveraineté numérique" de la France ferait partie des priorités de l'après-crise? Une chose est sûre: la solution proposée par Apple et Google ne sera pas obligatoire, ont fait savoir deux de leurs porte-paroles ce lundi. Côté calendrier, elle sera disponible "mi-mai". Les développeurs de StopCovid tablent, eux, sur une sortie d'ici trois à six semaines.