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La France ne ferme pas la porte à Huawei, mais s'arme de prudence pour déployer la 5G

En France, pour participer au déploiement de la 5G, Huawei devra montrer patte-blanche

En France, pour participer au déploiement de la 5G, Huawei devra montrer patte-blanche - AFP

Le dossier Huawei est épineux. Comment lui ouvrir le marché de la 5G sans se brouiller avec les Etats-Unis et le lui fermer sans se lancer dans un bras de fer avec la Chine? Une loi pourrait permettre de trouver une issue et donner le temps aux concurrents du groupe chinois, Nokia, Ericsson et Samsung, d'offrir une alternative pour cette révolution technologique.

La France n'a pas l'intention de "cibler" Huawei a affirmé ce mercredi matin Bruno Le Maire, ministre de l'Economie sur France Info en ajoutant que "notre position est différente des Américains sur ce sujet". Il fait suite aux récente déclarations d'Emmanuel Macron sur le sujet qui estime qu'il n'est "pas approprié" de "lancer maintenant une guerre technologique ou une guerre commerciale vis-à-vis de quelque pays que ce soit". 

Si la France ne ferme pas la porte au groupe Chinois. Elle ne compte pas confier le déploiement de la 5G à une entreprise sans être assurée que la souveraineté technologique et la sécurité nationale ne soient mises à mal. Ce sera donc à l'Anssi (Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information) de trancher qui pourra ou pas participer à la 5G en France. 

"La 5G est une infrastructure critique"

"Il ne s'agit pas de se prononcer pour ou contre une entreprise ou un pays", expliquait Guillaume Poupard, directeur de l'Anssi lors de la publication du rapport sur la cybercriminalité pour 2018. "Nous n'entrons pas dans les polémiques, il faut dépassionner le débat et revenir à des choses rationnelles", en rappelant que "la 5G est une infrastructure critique et le rôle de l'Etat est de la protéger".

Pour cela, une proposition de loi "visant à préserver les intérêts de la défense et de la sécurité nationale dans le cadre de l'exploitation des réseaux radioélectriques mobile" actuellement en cours de navette parlementaire, lui donnera toute autorité.

Déjà examinée en première lecture à l'Assemblée nationale, elle doit être étudiée par le Sénat à partir du 26 juin. La Commission des affaires économiques a nommé Catherine Procaccia, sénatrice LR du Val-de-Marne comme rapporteure de la proposition. "

"Les Etats-Unis font pression pour empêcher l’implantation de l’entreprise chinoise en Europe pour cause de guerre commerciale, sans doute aussi pour permettre aux Américains de récupérer leur retard technologique et parce que pèsent également sur les entreprises chinoises des soupçons d’espionnage" a expliqué la sénatrice qui soulève l'importance de "permettre aux entreprises françaises de ne pas rater" le virage de la 5G.

Démarrer le déploiement de la 5G début 2020

Les calendriers se bousculent. Les opérateurs attendent des précisions sur cette loi et sur les contrôles gouvernementaux qui valideront telle ou telle technologie. La procédure d'attribution des fréquences sera lancée dans le courant du troisième trimestre et devra s'achever avant la fin de l'année pour démarrer le déploiement de la 5G début 2020. Parmi les obligations associées à l'attribution des fréquences, ils s'engageront à déployer la 5G dans plusieurs villes de France avant la fin de l'année.

Les conséquences du dossier Huawei va-t-il toucher le développement de la nouvelle norme de télécommunication et retarder l'émergence d'une nouvelle économie? Peut-être, mais pas sûr. Si le groupe chinois est l'un des plus avancé, il n'est pas le seul à travailler sur la 5G. Les européens Ericsson et Nokia, le sud-Coréen Samsung proposent également des équipements pour les réseaux en cours de déploiement.

En avril dernier, la Corée du Sud a inauguré la 5G en première mondiale avec Ericsson et Samsung. Nokia est également dans la course. "Nous avons sur la 5G un retard de quelques semaines à deux mois", a reconnu ce mardi Rajeev Suri, directeur général du groupe finlandais, aux actionnaires lors de son assemblée générale. 

En France, les tests grandeur nature dans différentes villes de France ont été effectués avec la quasi totalité des équipementiers. Si les opérateurs européens ont tendance à considérer Huawei comme l'équipementier le plus en avance de la 5G, ils n'ont jamais fermé la porte aux autres et il n'a jamais été dans leur intérêt de se fournir auprès d'un seul fournisseur. Et pour rappel, aucun ne déploie d'équipements Huawei sur Paris et la petite couronne. Cette zone était prévue comme parmi les premières concernées par les futurs déploiements 5G, sans avoir recours au groupe chinois.

En attendant, des opérateurs japonais et britanniques ont d'ores et déjà décidé se passer de Huawei A Tokyo, KDDI et SoftBank Corp ont choisi de reporter le lancement de nouveaux modèles pour évaluer l'impact des sanctions américaines. NTT Docomo "stoppe les commandes" d'un téléphone Huawei qu'il prévoyait de lancer cet été. Ce mercredi, l'opérateur britannique EE a annoncé l'exclusion du chinois pour le lancement de son réseau 5G et a annulé la précommande de smartphones compatibles.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco