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Espionnage, vol de technologies, violation d'embargo: ce que reproche Washington à Huawei 

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Entre Huawei et Washington, le torchon brûle depuis 2012, lorsque la société avait été accusée d'avoir volé des technologies à une grande société américaine. Depuis, la liste des chefs d'accusation s'allonge. Le groupe chinois est devenu la bête noire de l'administration américaine.

Le bras de fer qui oppose Huawei n'a pas démarré avec l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. Il a commencé en 2012 sous la présidence de Barack Obama. Mais la liste des griefs contre le groupe chinois ne cesse de s'allonger. En janvier dernier, 13 chefs d'inculpation visaient le groupe technologique qui est à la fois le premier concurrent d'Apple et l'un des plus importants clients de Google. Dix autres accusations visent deux de ses filiales aux Etats-Unis accusées d'espionnage industriel.

Au-delà, des éléments judiciaires, le conflit est aussi d'ordre technologique et commercial. Huawei représente une sérieuse menace pour l'économie américaine de la donnée et de l'innovation, que ce soit sur le marché de la 5G, de la domotique, de la voiture autonome ou encore de la ville intelligente. Sans oublier les ventes de smartphones, un marché dans lequel ce challenger est devenu numéro deux mondial en dépassant Apple. En 2018, Huawei se plaçait d'ailleurs aussi sur la deuxième marche du podium en Europe, selon le cabinet IDC. 

Vol de technologies

La dégradation des relations entre Huawei et les autorités américaines aurait démarré par l'affaire Tappy. Il s'agit d'un robot créé par T-Mobile en 2007 pour tester les smartphones en reproduisant la gestuelle des humains. En 2012, la société américaine a conclu un accord avec le groupe chinois qui permet aux ingénieurs de deux de ses filiales (Huawei Device Co. Ltd. et Huawei Device Co. USA) de collaborer avec T-mobile. Mais ils sont par la suite accusés d'avoir photographié Tappy et de lui avoir "emprunté" certains éléments. Les deux filiales sont visées par 10 chefs d'inculpation, parmi lesquels espionnage industriel, vol de technologie et obstruction à la justice. En 2017, Huawei accepte de verser 4,8 millions de dollars à T-Mobile pour solder ce litige. 

Espionnage des réseaux de télécommunication

En 2018, le FBI ressort le dossier T-Mobile en soutenant qu'il ne s'agissait pas d'un acte isolé, mais d'une stratégie d'espionnage globale pilotée par le gouvernement chinois. L'affaire prend une tournure plus intense avec la préparation des appels d'offres de la 5G par les opérateurs télécoms américains qui comptent s'appuyer sur les infrastructures de Huawei mais aussi sur ses smartphones compatibles avec la nouvelle norme. 

Devant une commission sénatoriale, les agences de renseignement américaines (FBI, NSA, CIA) déconseillent à AT&T et Verizon de vendre les appareils du groupe chinois et d'utiliser ses infrastructures -ainsi que celle d'un autre groupe chinois, ZTE- sur le territoire américain pour des raisons de sécurité nationale. La présence d’un malware dans les smartphones est même évoquée. Aucune preuve n'est présentée, mais Chris Wray, directeur du FBI, suspecte que ces fabricants utilisent l’infrastructure télécoms des États-Unis pour fournir "à des gouvernements étrangers qui ne partagent pas les valeurs américaines" des capacités d'espionnage indétectables. Le passé de Ren Zhengfei, fondateur de Huawei, pèse lourd. Ce spécialiste des télécoms est un ex-officier de l'Armée Populaire.

Huawei, agent à la solde de Pékin?

Huawei réfute les accusations d'espionnage de Washington qui n'avance aucune preuve, mais s'appuie sur une loi qui est le pendant chinois du Patriot Act américain. Elle oblige les citoyens et les entreprises à collaborer avec le gouvernement s'il le demande. Mais comme l'ont rappelé les dirigeants du groupe chinois, cela ne concerne que les affaires de terrorisme ou les activités criminelles. Tim Watkins, vice-président de la société en Europe de l’Ouest, a récemment précisé aux autorités britanniques que rien n'impose "de transmettre des données sur les clients et des renseignements que nous ne souhaitons pas transmettre ou que nous considérons comme des informations sensibles".

Ren Zhengfei, fondateur de Huawei, a même menacé Pékin de "fermer l’entreprise" si les demandes du gouvernement chinois contrevenaient aux législations des pays de ses clients. Malgré cela, une proposition de loi est déposé par trois parlementaires américains pour interdire l'exportation de composants ou de pièces vers des compagnies chinoises de télécoms.

Violation de l'embargo sur l'Iran

Un nouveau chapitre s'ouvre en janvier dernier avec une accusation de violation d'embargo sur l'Iran. Lors d'une enquête du FBI sur la société hongkongaise Skycom, accusée d’avoir violé l’embargo américain, les enquêteurs découvrent un lien entre cette entreprise et Huawei. Elles ne sont pas seulement de simples partenaires, comme elles l'affirment. Selon les Américains, Skycom est une filiale du géant chinois, créée pour cacher les contrats avec la république islamique.

Elle se serait aussi rendu coupable de fraudes bancaires, de blanchiment d'argent, de fausses déclarations et de complot. En novembre 2018, ces accusations conduisent à l’arrestation, au Canada, de Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei et fille du fondateur, en vue d’une extradition aux Etats-Unis. Le gouvernement chinois décide de s'en mêler. Le ministère chinois des Affaires étrangères dénonce des "manipulations politiques".

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco