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Pour prouver que Huawei ment, les Etats-Unis utilisent le Patriot Act pour espionner Huawei

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- - WANG ZHAO / AFP

Entre la Chine et les Etats-Unis, la guerre commerciale se nourrit d'informations recueillies par leurs services de renseignements. Lors d'une audience sur des fraudes concernant l'embargo contre l'Iran, un procureur affirme détenir des preuves obtenues en espionnant le géant chinois.

L'affaire Huawei prend un tournant inattendu mais qui pourrait être lourd de conséquences. Selon Reuters, les services de renseignements américains auraient des preuves que Huawei a enfreint l'embargo sur l'Iran et sur des fraudes financières. Pour les obtenir, les autorités américaines ont mis en place une surveillance secrète. En d'autres termes, ils ont espionné le groupe chinois. 

Lors d'une audience ce jeudi devant un tribunal fédéral à Brooklyn, le procureur adjoint, Alex Solomon affirme que ces preuves ont été obtenues en vertu de la loi FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act). Adoptée en 1978, puis amendée en 2001 par le Patriot Act, elle autorise des procédures de surveillances physiques et électronique particulières afin de collecter des informations sur des puissances étrangères.

Ces informations ont été "obtenues ou dérivées de la surveillance électronique et de la fouille physique" a indiqué le procureur sans autres précisions. En effet, la méthode qui a permis de les obtenir doit rester confidentielles. Cela n'empêche pas de les utiliser devant la justice. Le gouvernement a donc prévenu Huawei qu'elles seront produites devant les juges lors d'une prochaine audience prévue le 19 juin. 

La protection de la loi Fisa fait débat

La légalité de ces actions posent des questions que soulève Brian Frey, un ancien procureur fédéral qui n'est pas impliqué dans l'affaire Huawei. "La méthode permise par la loi Fisa est la même que celle pour laquelle nous soupçonnons que Huawei pourrait nous espionner", estime ce magistrat. En effet, la Chine dispose aussi d'une législation qui oblige les entreprises et les individus à collaborer avec les services de renseignements dans certains cas encadrés par une loi.

Pour Mark Zaid, un avocat de Washington interrogé par Bloomberg, l'usage de la loi Fisa dans cette affaire est légitime. "Nous, aux États-Unis, n’utilisons pas nos services de renseignement à des fins économiques ou commerciales. Mais, étant donné que de nombreux pays, en particulier la Chine, utilisent leurs entreprises commerciales pour leurs opérations de renseignement, il y a des chevauchements dans notre collecte de renseignements".

Mais les suspicions sur Huawei portent aussi sur le parcours de Ren Zhengfei, fondateur du groupe, un ancien militaire chinois. Sa fille, Meng Wanzhou numéro 2 de Huawei, a été arrêtée au Canada à la demande des Etats-Unis qui demandent son extradition. Dans un entretien donné en janvier à Bloomberg, ce ponte de l'industrie chinoise a réfuté toute intention de nuire aux Etats dans lesquels Huawei est implanté. "J'aime mon pays, je soutiens le Parti communiste. Mais je ne ferai jamais rien pour nuire au monde". Il promet aussi que son groupe refuserait toute requête de Pékin pour obtenir des données sensibles de ses clients

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco