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"Les élections, le G7 ou les JO de 2024 sont des périodes favorables aux cyberattaques"

Guillaume Poupard, directeur de l'Anssi, a fait un bilan de l'année 2018 et annonce qu'il faudra redoubler de vigilance avec l'émergence de l'intelligence artificielle et de la 5G

Guillaume Poupard, directeur de l'Anssi, a fait un bilan de l'année 2018 et annonce qu'il faudra redoubler de vigilance avec l'émergence de l'intelligence artificielle et de la 5G - AFP

Dans son rapport 2018, l'Anssi a donné les tendances de la cybercriminalité dont les méthodes s'affinent. Mais pour Guillaume Poupard, directeur de l'agence de cybersécurité, l'IA et la ville connectée en 5G risquent de rendre les attaques plus violentes.

Pour son dixième anniversaire, Guillaume Poupard, directeur de l'Anssi, a fait un constat sans surprise lors d'une conférence qui s'est tenue ce lundi à Paris. Le nombre d'attaques ou de tentatives d'attaques augmente et rien ne montre qu'un jour cette tendance reculera.

L'agence de cybersécurité ne donne pas de détails sur l'ampleur du phénomène. Elle dévoile dans on rapport 2018 que ses services ont recensé 1869 signalements, 391 incidents (hors opérateurs d'importance vitale), 16 incidents majeurs et 14 opérations de cyberdéfense.

Point positif, les cyberattaques sont de moins en moins effectuées par "des bidouilleurs dans un garage, c'est un sport extrême qui réclame des moyens". Point négatif, les attaquants sont issus de la grande délinquance ou d'Etats. "Les événements à venir, comme les élections, le G7 ou les JO de 2024 sont des périodes favorables aux cyberattaques", redoute le cyberflic.

Le maillon le plus faible

Guillaume Poupard n'en dira pas plus, mais les attaques récentes contre Altran ou Airbus illustrent que les entreprises les plus sécurisées ne sont pas immunisées. "Le niveau de défense est de plus en plus haut, mais comme les attaquants ne peuvent plus passer par la porte, ils empruntent les fenêtres pour entrer dans les réseaux." Toutes stratégies de défense ne dépendent en fait, non pas du cadenas, mais du maillon le plus faible.

En effet, les attaques directes sont moins fréquentes. "Ils piègent des logiciels développés par des tiers ou attaque des prestataires des entreprises visées", précise François Deruty, sous-directeur Opérations de L'Anssi. "Nous faisons face à ces méthodes qui rappellent l'attaque Not Petya. Il y a eu la distribution de versions piégées de logiciels de protection, comme CCLeaner, ou du piratage d'Asus qui a permis aux pirates de distribuer des logiciels corrompus". Quant à l'attaque qui a visé Airbus, l'Anssi dévoile qu'elle a été menée via un prestataire. 

"Les hackers adoptent les méthodes du renseignement pour attaquer une cible par l'accès le moins sécurisé, mais aussi à un moment propice, comme par exemple, la signature d'un contrat", indique le patron de l'Anssi qui prône une normalisation de la gestion des risques, la formation d'experts et la certification des entreprises. "Le potentiel d'attaque s'accélère et la formation d'experts pourrait bientôt poser problème", estime Guillaume Poupard.

Intelligence artificielle et voitures autonomes

Le risque est accru par l'émergence de l'intelligence artificielle et de la ville intelligente, comme l'a souligné Vincent Strubel, sous-directeur stratégie de l'Anssi. "Il va falloir sécuriser les IA et nos méthodes ne sont pas transposables, car elles visent à protéger les données", a-t-il indiqué ajoutant qu'il faudra aussi "s'adapter aux objets connectés", parmi lesquels les voitures autonomes. "La smart city, c'est notre priorité et notre angoisse", reconnait le patron de l'Anssi.

Et pour cause, ces évolutions technologiques s'appuient sur la 5G, la nouvelle norme de télécommunication qui soulèvent l'épineux dossier Huawei, accusé par les Etats-Unis d'espionnage au profit du gouvernement chinois. "Nous n'entrons pas dans les polémiques et ne cherchons pas à être pro ou anti Huawei, il faut dépassionner le débat et revenir à des choses rationnelles", déclare Guillaume Poupard qui prévient que "la 5G est une infrastructure critique et le rôle de l'Etat est de la protéger". A bon entendeur.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco