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Lyon: symbole du combat contre les agressions sexuelles dans l'Église, La Parole Libérée baisse le rideau

François Devaux, l'un des fondateurs de l'association La Parole libérée - image d'illustration

François Devaux, l'un des fondateurs de l'association La Parole libérée - image d'illustration - Vincenzo PINTO / AFP

L'association de victimes d'agressions sexuelles à l'origine des affaires Preynat et Barbarin, a mis fin ce vendredi à ses activités.

L'association de victimes d'agressions sexuelles La Parole Libérée, à l'origine des affaires Preynat et Barbarin, a mis fin ce vendredi à ses activités après avoir largement oeuvré à la libération de la parole des personnes ayant subi des violences dans l'Eglise.

"Les membres du bureau ont voté notre dissolution à l'unanimité", a annoncé à l'AFP François Devaux, président de l'association créée en décembre 2015 à Lyon par un petit groupe de quadragénaires victimes d'un aumônier scout du diocèse de Lyon, Bernard Preynat.

L'association était apparue au grand jour en janvier 2016 en affichant devant la presse sa volonté de "briser l'omerta" des agressions sexuelles dans l'Eglise, révélant les agressions de Preynat et reprochant au cardinal Philippe Barbarin, à l'époque archevêque de Lyon, de ne pas avoir informé la Justice des agissements passés de ce religieux.

L'affaire Barbarin

Un an plus tard, l'association lançait une procédure de citation directe qui a contraint Mgr Barbarin à comparaître pour ses silences malgré le classement de l'enquête.

Son retentissant procès devant le tribunal correctionnel de Lyon a plongé l'Église de France dans l'embarras. À son issue en 2019, Mgr Barbarin avait été condamné, avant d'être relaxé en appel début 2020. Mais le scandale a marqué au fer rouge l'Eglise lyonnaise, et Barbarin s'est depuis exilé en Bretagne.

De son côté, le père Preynat, maintenu en fonctions jusqu'en 2015 alors que ses agissements étaient connus de sa hiérarchie, a finalement été défroqué par l'Eglise en 2019 puis condamné en 2020 à cinq ans d'emprisonnement ferme.

L'association sur le grand écran

Pour François Devaux, "le plus grand aboutissement de l'action des victimes et de La Parole Libérée, c'est l'émergence de la vérité, qui vient avec la création (en 2018, ndlr) de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise catholique (Ciase), qui pourra rompre avec l'obscurantisme" avec des préconisations attendues fin septembre.

De même, souligne-t-il, "le fait qu'on témoigne à visage découvert a pu donner du courage à d'autres".

Le combat de l'association, qui rassemblait 80 adhérents au moment de sa dernière assemblée générale, a même fait l'objet en 2019 d'un film de François Ozon, "Grâce à Dieu".

"Réveiller les consciences"

Selon son président, la dissolution de La Parole Libérée résulte de plusieurs facteurs. Parmi ceux-ci le fait d'avoir atteint son objectif de réveiller les consciences, mais aussi des querelles internes survenues autour de la parution avortée d'un livre regroupant des témoignages de victimes du père Preynat, objet de recours de deux membres de l'association opposés à la publication de leurs confidences.

"Ca a une part non négligeable dans la décision, et sur un plan personnel c'est la raison qui m'a poussé à abandonner", explique François Devaux, assurant ne pas s'être tout à fait remis d'avoir été "sali" par des accusations d'intéressement financier.

"Si c'était à refaire, on le referait, mais on sort de là un peu en boitant", confie-t-il.

Didier Bardiau, un ancien membre de l'association entré en conflit avec sa direction, juge "dommage" que tous ses membres n'aient pas eu voix au chapitre sur la destinée de La Parole Libérée. Mais il se souvient de "ces victimes qui sont apparues à la TV" qui lui ont donné le courage de parler, puis de porter plainte contre Preynat.

Un "livre blanc"

En guise de legs, l'association vient de publier un "Livre blanc" sous le titre "Marianne n'entends-tu pas tes enfants pleurer?", qui énumère 250 recommandations pour mettre un terme aux violences sexuelles contre les mineurs, et réclame au président Emmanuel Macron d'en faire une cause nationale.

"Avant de quitter cet engagement, il était essentiel pour nous de restituer tout ce que nous avons appris au travers de l'écoute des victimes et de l'engagement associatif et juridique, sur les dysfonctionnements de l'Eglise et des institutions républicaines", détaille François Devaux.

Hasard du calendrier, les évêques catholiques français ont exprimé ce vendredi la volonté de l'Eglise d'"assumer sa responsabilité devant la société en demandant pardon" pour les crimes de pédocriminalité commis par ses membres et se sont mis d'accord pour verser aux victimes une "contribution financière" dont le montant sera "forfaitaire".

Des annonces qui ne satisfont pas François Devaux. Celui-ci reproche aux évêques de n'avoir pas attendu les préconisations de la Ciase, évoquant une décision "bâclée" et "le sentiment d'une absolution à bas coût".

A.F avec AFP