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Xavier Jaravel (meilleur jeune économiste 2021): "Les robots créent plus d'emplois qu'ils n'en détruisent"

Xavier Jaravel, meilleur jeune économiste 2021.

Xavier Jaravel, meilleur jeune économiste 2021. - BFM Business

Invité sur BFM Business, l'économiste de 31 ans a expliqué ses recherches notamment sur l'innovation et la robotisation qui sont selon lui des sources de créations d'emplois.

Faut-il taxer les robots? Alors que le débat s'était invité lors de la précédente campagne présidentielle, cette mesure pourrait ne pas avoir les effets escomptés sur l'emploi. C'est ce qu'estime Xavier Jaravel, professeur à la London School of Economics et qui vient de recevoir le prix du meilleur jeune économiste du Cercle des économistes et du journal Le Monde, décerné chaque année à un Français âgé de 40 ans maximum.

Pour le chercheur spécialiste des questions d'innovation invité ce matin sur BFM Business, freiner la robotisation pourrait avoir l'effet inverse.

"Taxer les robots ça peut être contreproductif car les consommateurs achèteront plus de produits à l'étranger qui eux sont fabriqués par des robots", estime Xavier Jaravel.

L'économiste a en effet constaté à travers ses études basées sur l'analyse de données microéconomiques que les robots permettaient de créer des emplois.

"Les résultats sont surprenants mais les entreprises qui automatisent sont celles qui augmentent leurs effectifs, assure l'économiste. Si vous automatisez vous devenez plus productifs, plus compétitifs, vous pouvez augmenter vos parts de marché, donc vous augmentez aussi vos effectifs avec cet effet d'échelle. C'est vrai au niveau d'une entreprise mais aussi d'un secteur."

Dans un contexte de compétition internationale, une économie automatisée donc plus productive a tendance à gagner des parts de marché sur les concurrents étrangers. C'est le cas de certains pays comme la Corée du Sud ou l'Allemagne qui ont un niveau d'emploi élevé malgré un recours important à la robotisation.

"L'Allemagne est un pays qui automatise plus que la France et qui a plus d'emplois industriel", illustre l'économiste.

L'école n'aide pas à innover

L'économiste s'est aussi penché sur les questions de reproduction sociale dans l'innovation pour tenter de comprendre pourquoi certaines régions ou même dans certaines familles on avait plus tendance à innover et entreprendre. Et le niveau scolaire des enfants ne les prédispose pas forcément à innover une fois devenus adultes.

"Il y a une grosse disparité en fonction de l'origine sociale mais aussi du territoire d'origine. A performances scolaires égales, si vos parents sont parmi les 10% de revenus les plus élevés, vous avez dix fois plus de chances de devenir innovateur, par exemple en obtenant un brevet ou en fondant une start-up, par rapport à quelqu'un dont les parents sont en dessous de la médiane des revenus, observe-t-il. Et être très bon en maths prédispose à devenir innovateur seulement si vous venez d'une famille comptant parmi les 10% de revenus les plus élevés."

Cela signifie qu'il y a un vivier de talents qui peut être très large pour augmenter l'innovation mais qui n'est pas du tout mobilisé.

"L’analyse indique que le niveau total d’innovation quadruplerait si les femmes et les individus issus de milieux défavorisés accédaient aux professions d’innovation avec la même probabilité que les hommes blancs issus de familles plus privilégiées", estime Xavier Jaravel.

Par ailleurs, les gens font des innovations qui sont très proches de celles auxquelles ils ont été exposés au cours de leur enfance. Si vous travaillez à Boston, sur la côte Est et que vous avez grandi dans la Silicon Valley, il est beaucoup plus probable que vous soyez dans la tech, alors que quelqu'un qui a grandi à Boston et serait resté à Boston sera plus dans les innovations médicales ou la biotech.

Et c'est dès l'école que la sensibilisation à l'innovation doit débuter selon l'économiste.

"Par exemple, l’une des actions du Programme d’investissements d’avenir (PIA) est l’introduction d’internats d’excellence pour les élèves des quartiers populaires. Une sensibilisation aux carrières de l’innovation pourrait très naturellement s’opérer dans ce contexte, détaillait-il dans une tribune parue en 2020 dans Libération. Par ailleurs, BPI France pourrait coordonner les réseaux d’accompagnement des entrepreneurs, comme le Réseau entreprendre, pour organiser des événements dans les lycées voire un système de mentorat."
Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco